Leon Panetta, directeur de l'Agence Centrale du Renseignement (CIA), lors du Conseil du Pacifique sur la politique internationale, le 18 mai 2009, à Los Angeles en Californie.
Leon Panetta, directeur de l'Agence Centrale du Renseignement (CIA), lors du Conseil du Pacifique sur la politique internationale, le 18 mai 2009, à Los Angeles en Californie.
Kevork Djansezian/AFP
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L'élimination d'Oussama Ben Laden crispe les relations entre les États-Unis et le Pakistan

L’administration Obama n’a pas prévenu à l’avance le gouvernement pakistanais de son intention d’attaquer la villa d'Oussama Ben Laden par crainte qu’il ne prévienne le chef d’al-Qaïda. C’est ce qu’a déclaré le directeur de la CIA, Leon Panetta au magazine «Time». Le gouvernement pakistanais s'est quant à lui efforcé de dissiper les soupçons qui pèsent sur son attitude à l'égard de Ben Laden, tout en reconnaissant ne pas avoir été informé de l'opération américaine qui a coûté la vie au chef d'al-Qaïda.
Par RFI -

Avec notre correspondant à Washington, Jean-Louis Pourtet.

« Nous avons décidé que travailler avec les Pakistanais risquait de mettre en danger la mission, car ils pourraient avertir les cibles », a confié Leon Panetta à l’hebdomadaire américain Time et plus tard à la chaîne NBC. Un aveu qui souligne que la confiance ne règne pas entre Washington et Islamabad.

Le fait que Ben Laden vivait dans une ville militaire, non loin de la capitale, depuis de nombreuses années n’a rien fait pour calmer les soupçons de duplicité des dirigeants pakistanais. Le conseiller américain pour le contre-terrorisme, John Brennan, a déclaré le 2 mai 2011 qu' « il serait prématuré d’écarter la possibilité que le chef d’al-Qaïda a reçu l’assistance des autorités », et il a annoncé l’ouverture d’une enquête, ardemment réclamée par le Congrès où un nombre d’élus a déjà demandé que l’on coupe les milliards de dollars que les États-Unis donnent au Pakistan en aide militaire et économique.

L’administration américaine, qui a elle-même ses doutes, s’efforce de ne pas rompre les ponts avec un pays dont elle a besoin. C’est ainsi qu’Hillary Clinton a loué la coopération entre les deux gouvernements. Mais les louanges de la secrétaire d’État n’ont pas masqué la méfiance que les États-Unis continuent de garder à l’égard d’un allié dont la fiabilité est incertaine.

La France, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a mis en cause le manque de clarté du Pakistan dans la lutte contre al-Qaïda. Nicolas Sarkozy pourra en discuter directement mercredi 4 mai 2011 dans l'après-midi avec le Premier ministre pakistanais, Yousuf Raza Gilani à l'Élysée.

La version officielle du raid contre la villa de Ben Laden

Peu après le raid, les officiels américains ont donné aux médias l’impression qu’Oussama Ben Laden avait utilisé des femmes comme bouclier pour se protéger et qu’il était armé. Le conseiller du président pour le contre-terrorisme, John Brennan, qui n’est pourtant pas du genre à raconter des bobards, avait même laissé entendre que le chef d’al-Qaïda était un lâche s’abritant derrière des femmes, et vivant dans une villa luxueuse alors que ses partisans se battaient dans des conditions difficiles.

Mais lundi 2 mai 2011, changement de version : Brennan faisait machine arrière et le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, faisant le premier compte rendu de ce qui s’était passé, a dit que Ben Laden n’avait pas utilisé de femmes comme bouclier et n’était pas armé. Une de ses épouses qui s’est effectivement jetée contre les membres du commando des forces spéciales a été blessée à la jambe. Ben Laden, lui, a été abattu pour avoir résisté aux militaires. S’il avait levé les bras, et s’était rendu, il n’aurait pas été tué a dit le porte-parole.

Jay Carney a invoqué ce qu’un reporter a appelé « le brouillard de la guerre » pour expliquer les raisons de ces versions contradictoires. Il y avait beaucoup d’informations qui arrivaient, et il était difficile de séparer le vrai du faux. Mais tout le monde n’est pas convaincu et certains journalistes ont suggéré que le gouvernement américain a essayé de discréditer Oussama Ben Laden auprès de ses partisans.

Et maintenant la Maison Blanche est en train d’examiner si elle va ou non rendre public les photos du corps de Ben Laden. C’est une décision que le président Obama prendra seul. Il pèse le pour et le contre. Ben Laden a été blessé à la tête et les photos, selon ceux qui les ont vues, sont pénibles à regarder. Les rendre publiques apporterait la preuve qu’il est bien mort et que c’est bien Ben Laden, mais cela pourrait aussi être mal ressenti dans le monde islamique, et provoquer des manifestations anti-américaines.

Toutefois Leon Panetta, le directeur de la CIA a dit qu’il pensait qu’éventuellement elles seraient publiées. Ce qui pourrait être rendu public, avant les photos du corps de Ben Laden, ce sont celles de son immersion dans la mer d’Arabie.

Publié le 09/05/2017 - Modifié le 11/05/2017

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