Les travailleurs bangladais se préparent à démanteler un navire à Chittagong, le 21 décembre 2004.
Les travailleurs bangladais se préparent à démanteler un navire à Chittagong, le 21 décembre 2004.
Farjana K.Godhuky/AFP
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Au Bangladesh, on achève aussi les navires

De 300 à 600 bateaux sont démolis chaque année dans le monde, la plupart dans le sous-continent indien. Ce choix a une double explication : d’une part, une main d’œuvre bon marché et d’autre part une forte consommation d’acier.
Par Any Bourrier -

En Inde et au Bangladesh, la main-d’œuvre est 10 fois moins chère qu’en Europe. Et c’est dans cette région que la demande d’acier est la plus forte aujourd’hui. La conjonction de ces deux facteurs, la main-d’œuvre bon marché et la forte demande d’acier a changé la donne : autrefois, les navires étaient démolis là où ils avaient été construits. Aujourd’hui, les bateaux en fin de vie vont échouer sur les plages en pente douce du Gujarat ou de Chittagong.

Sur 17 km de côtes, le site de démolition navale de Sitakund, près de Chittagong, au Bangladesh, est l’un des plus importants du monde. Une moyenne de trente bateaux y sont désossés tous les ans, en majorité des navires de 200 000 tonnes qui sont coupés et démantelés avant d’être brûlés. Environ 20 000 ouvriers travaillent dans ces chantiers à haut risque.

Comme l’Inde, dont l’économie est en pleine croissance, le Bangladesh a besoin de la démolition navale pour satisfaire ses besoins en acier. Cette industrie, qui a démarré à Sitakund dans les années 60, apporte au gouvernement 100 millions de dollars annuels. Elle a en plus un bel avenir, car, selon les experts, le nombre de navires à démanteler devrait augmenter rapidement dans le monde en raison de la suppression progressive des pétroliers à simple coque imposée en Europe.

Selon l’organisation maritime internationale, les pays européens vont envoyer d’ici à 2010 environ 2 000 pétroliers à la casse. L’association Greenpeace-France affirme dans un rapport que « dans les vingt années à venir 50 000 navires devront être démantelés au niveau mondial ».

Ces chantiers sont particulièrement dangereux pour les ouvriers bangladais. Selon les ONG, un homme y meurt chaque semaine en moyenne et un autre y est blessé chaque jour. L’Organisation internationale du travail, par exemple, a constaté que « les accidents dus aux explosions de produits chimiques sont aggravés par le manque de mesures de sécurité ». Mais seule une mobilisation internationale pourrait aider à limiter ces risques. Par exemple : la participation des pays qui exportent leurs vieux navires à l’amélioration des chantiers de démolition bangladais sous forme de transfert de technologie et de coopération.

Publié le 28/06/2017 - Modifié le 03/07/2017

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