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Des véhicules détruits sont vus sur la base militaire de la Brigade du 28 Mai après les combats dans la ville de Bani Walid, le 25 janvier 2012.
Des véhicules détruits sont vus sur la base militaire de la Brigade du 28 Mai après les combats dans la ville de Bani Walid, le 25 janvier 2012.
Mahmud TURKIA / AFP
En 2012, l’effondrement de l’état libyen inquiète la presse africaine qui établit un lien avec l’effondrement de la Somalie, une autre ancienne colonie italienne, entrée en dictature la même année 1969. Les destins de Siad Barre et de Mouammar Kadhafi dont la toute puissance s’est effondrée en quelques mois, font craindre une somalisation de la Libye et, au-delà, une déstabilisation profonde et durable de toute la zone sahélienne.

4'46" - Première diffusion le 24/01/2012

Avec la résurgence des fidèles du Guide suprême… Hier, des partisans de Kadhafi lourdement armés ont pris le contrôle de la ville de Bani Walid. L’information a fait l’effet d’une bombe dans les médias du continent. À des milliers de kilomètres au sud, Le Potentiel en RDC, relate l’évènement et s’inquiète d’une éventuelle reprise de la guerre civile. « Cette dégradation de la situation sécuritaire prouve encore une fois que le règlement définitif du conflit libyen passe inévitablement par une solution politique », estime le quotidien congolais.

Oui, mais quelle solution politique ? En ce moment, la zizanie règne au plus haut sommet du fragile État libyen. Comme le constate le site d’information Afrik.com , « la contestation à l’encontre du Conseil national de transition (le CNT) gagne du terrain. C’est à Benghazi, berceau de la révolution, que les critiques à l’encontre de l’organe de transition sont les plus vives. Les protestataires, lui reprochent son manque de transparence et réclament sa démission. Mais le dirigeant du CNT, Mustapha Abdeljalil, a prévenu qu’une telle mesure provoquerait une guerre civile dans le pays. »

Vers une « somalisation » ?

Alors, le pays est pris en tenailles avec d’un côté, les nostalgiques de l’ancien régime, de l’autre, ceux qui estiment que le CNT ne va pas assez vite et loin dans les réformes…
Pour Le Républicain au Mali, il y a bien un « risque de somalisation d’un pays qui devait son unité à la dictature » et donc un risque de « chaos durable. » Le quotidien bamakois précise : « la demande sociale est, en effet, devenue plus forte alors que la Libye enregistre une baisse de revenus en raison de la guerre contre Kadhafi. La reprise de l’exploitation du pétrole n’a que timidement repris et les avoirs libyens qui étaient gelés ne sont pas libérés au rythme souhaité par le CNT. Dans le même temps, constate Le Républicain, l’impatience monte devant ce que les révolutionnaires appellent l’abandon des martyrs (la non-prise en charge des blessés durant le combat contre Kadhafi) et l’insertion dans l’armée des combattants de la révolution. » De plus, « alors que la pression s’accentue pour liquider l’héritage Kadhafi, on parle de plus en plus du Front de Libération de la Libye, créée, semble t-il dans le Sahel, après la chute de l’ancien Guide et avec l’objectif de reconquérir le pouvoir après le retrait 'des forces d’occupation étrangères'. »

Bref, s’exclame le quotidien malien, « la Libye n’est pas sortie de l’auberge où se bousculent islamistes modérés et radicaux, anciens piliers du système passés au CNT et nostalgiques de l’ancien régime. C’est cela la revanche de Kadhafi. Personne ne pensait qu’elle pouvait venir aussi tôt. »
« Il y a de quoi s’inquiéter de cette situation qui replonge la Lybie dans l’incertitude », renchérit le site d’information Fasozine. « Déjà que la poussée de fièvre d’attaques armées qui a fait de nombreux morts ces derniers jours dans le nord du Mali a créé d’énormes soucis à la communauté internationale, il faut contenir, estime Fasozine, la revanche des pro-Kadhafi avant qu’ils fassent plus de dégâts. Il faut surtout aider l’actuel pouvoir libyen à sortir de ce pétrin aux conséquences désastreuses pour toute la Libye et pour ses voisins proches et lointains. »

Enième réunion…

En effet, en dehors du bourbier libyen, il y a la rébellion touarègue dans le Nord-Mali, conséquence indirecte de la chute de Kadhafi. Il y a encore et toujours Aqmi dans la zone sahélienne, et Boko Haram au Nigeria… Les ministres des Affaires étrangères des pays concernés se réunissent ce mardi à Nouakchott en Mauritanie. Enième réunion… « Des sommets et toujours pas de résultats… », déplore Le Pays au Burkina. « Les rencontres visant à rechercher les voies et moyens idoines pour la sécurisation des frontières et territoires africains doivent cesser d’être de simples occasions de retrouvailles entre chefs d’État », affirme le quotidien burkinabé. « Le phénomène de l’insécurité lié au terrorisme, prend tellement d’ampleur de nos jours que ceux qui ont la responsabilité d’y mettre fin, doivent aller au-delà des simples promesses et autres gages de bonne foi pour faire montre de plus de réelle volonté politico-militaire. » De plus, poursuit Le Pays, « tous les pays africains doivent se sentir concernés par cette lutte. Les terroristes ont largement donné la preuve de la mondialisation de leurs actions. Celles-ci ne peuvent donc être efficacement combattues que par une riposte globalisée, concertée et synergique. Tous les pays sans exception, avec en première ligne ceux ayant en partage au moins une frontière avec au moins un État sahélien ou saharien, se doivent de faire leur ce combat. »

Enfin cette remarque du site d’information Guinée Conakry Infos : « les pays du champ et même le Nigeria, semblent pécher par le fait de reléguer la dimension du développement au second plan. La priorité est plutôt accordée à la solution militaire. C’est là une approche dont l’impact est limité, voire inefficace, s’exclame Guinée Conakry Infos. Il est temps de s’attaquer aux racines du mal, affirme le site : commencer par combattre la pauvreté, la misère, la famine et le sentiment d’inégalité et d’exclusion dont de nombreux habitants de la région se disent victimes de la part des différents pouvoirs. »

Publié le 29/08/2019 - Modifié le 03/09/2019 - Par Frédéric Couteau

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