Pristina, trois mois après les bombardements de l'OTAN sur la ville.
Pristina, trois mois après les bombardements de l'OTAN sur la ville.
Archives / AFP
Les premières bombes ont été lâchées au-dessus de la Serbie le 24 mars 1999, après l’échec des négociations entre l’émissaire de l’Alliance atlantique et le président serbe Slobodan Milosevic sur un plan de paix au Kosovo. Dix ans plus tard, la situation est stable, mais les soldats de l’OTAN sont toujours déployés. La Serbie n’a pas changé de position vis-à-vis de son ancienne province, qui s’est unilatéralement déclarée indépendante le 17 février 2008.
Par Maud Czaja -

Peu avant 20 heures, au soir du mercredi 24 mars 1999, une première explosion retentit à Pristina. La capitale du Kosovo et ses 280 000 habitants restent plongés dans le noir jusqu’au petit matin. Même scénario à Belgrade où les sirènes sont déclenchées à 20h15. L’état de guerre est décrété dès les minutes qui suivent. Dans un communiqué, l’armée serbe annonce que « l’OTAN, se rangeant du côté des terroristes albanais, a grossièrement violé les principes des relations internationales ». Les bombardements de l’Alliance atlantique ont été décidés après l’échec des négociations entre Slobodan Milosevic et l’émissaire Richard Holbrooke sur un plan de paix au Kosovo, afin de mettre fin aux combats qui opposent l’armée serbe aux séparatistes albanais du Kosovo et qui ont fait plus de 2 000 morts et 400 000 déplacés en 1998.

Lors de cette première soirée de bombardement, l’Alliance atlantique a visé trois villes, Pristina, Belgrade et Podgorica. L'opération, baptisée « Allied Force » , va durer 78 jours. D’après l’ONG Human Rights Watch, près de 500 victimes civiles ont été recensées. Cette intervention fut « un conflit controversé, mais nécessaire », a déclaré le lundi 23 mars 2009 l’actuel secrétaire général de l’OTAN Jaap de Hoop Scheffer. Des mouvements nationalistes serbes se souviennent de ces bombardements comme étant « la guerre de l’Occident contre la Serbie ».

Les soldats de l’OTAN patrouillent toujours au Kosovo

L’OTAN n’a depuis jamais quitté le Kosovo. Après le retrait des forces serbes, les troupes de la KFOR (Kosovo Force) se sont déployées le 12 juin 1999. Dix ans plus tard, 15 000 soldats sont encore présents sur l’intégralité du territoire kosovar, notamment dans le nord où la population serbe est la plus importante. C’est dans cette région, dans la ville de Mitrovica, que des incidents ont éclaté après que le Kosovo a reconnu unilatéralement son indépendance, le 17 février 2008.

Il reste actuellement quelque 120 000 Serbes au Kosovo. Des tensions interethniques ressurgissent. Des tensions interethniques ressurgissent de temps en temps, démontrant que dix ans après la guerre, la situation est calme, mais reste très tendue. Mitrovica est coupée en deux par le fleuve Ibar. Les Serbes du Kosovo vivent d’un côté, les Kosovars albanais de l’autre. Les deux populations ne traversent quasiment jamais le pont, encadré en permanence par les soldats de l’OTAN. Les Serbes du Kosovo peuvent compter sur l’appui de Belgrade, tant financier que politique. Il existe toujours un ministère serbe de l’Intérieur chargé du Kosovo-Metohija.

Belgrade campe sur sa position, mais a choisi la voie diplomatique

Ni les bombardements de l’OTAN, ni l’indépendance du Kosovo n’ont fait évoluer la position de Belgrade. La Serbie clame haut et fort qu’elle ne reconnaîtra jamais l’indépendance de son ancienne province, qu’elle considère comme le berceau de la nation serbe. Elle a remporté une première victoire l’automne dernier, en réussissant à obtenir que la Cour internationale de justice (CIJ) se prononce sur la légalité de cette proclamation unilatérale (1). Belgrade use désormais de tous les moyens diplomatiques en son pouvoir, sans pour autant perdre de vue son ambition de rejoindre, à terme, l’Union européenne. Une position qui sera de plus en plus difficile à tenir puisque 22 des 27 États membres ont déjà reconnu le Kosovo comme nouvel État.

 

(1) Mise à jour 19/02/2018. Le 22 juillet 2010 la CIJ a rendu l’avis que « la déclaration d’indépendance du Kosovo adoptée le 17 février 2008 n’a pas violé le droit international ». 

Publié le 19/02/2018 - Modifié le 16/03/2018

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