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La Chine fore à 7 km de profondeur au Tibet

La Chine fore à 7 km de profondeur au Tibet
Quelle que soit l'issue de ce forage spectaculaire au Tibet, la Chine affiche encore une fois sa volonté d'accroître son indépendance énergétique, vis-à-vis de ses fournisseurs du Moyen-Orient, d'Asie centrale et de Russie.
Reuters
Pékin explore le potentiel pétrolier du Tibet par un puits spectaculaire.

Première diffusion le 8/04/2014

La Chine fore à 7 km de profondeur au Tibet ! La localisation exacte est inconnue, la compagnie publique chinoise Sinopec qui a procédé au forage reste discrète, dans cette région autonome si sensible politiquement. Mais il s'agirait du plateau himalayen de Xigazê, à l'ouest de Lhassa et en direction du Bhoutan.

Aucun résultat pour l'instant, les carottes extraites du forage sont en cours d'analyse, mais les scientifiques chinois qui, selon Pierre Terzian de Pétrostratégie, ont volontairement laissé l'information se propager, sont déjà convaincus de l'énorme potentiel tibétain. L'ensemble du bassin du Tibet contiendrait, selon l'Académie chinoise des sciences géologiques, 70 milliards de barils de pétrole ; et peut être du méthane.

La profondeur du puits, 7 km, frappe l'imagination. Pourtant ce n'est plus un exploit aujourd'hui : en 1991, on a foré aussi profondément au pied des Pyrénées françaises, rappelle le géologue de l'IFP Energies nouvelles Roland Vially ! Sans parler du record mondial, 13 km, réalisés par les Soviétiques dans le granit près de Mourmansk en 1980.

Mais forer le Toit du monde reste un véritable défi : l'altitude raréfie l'oxygène pour le personnel des rigs de forage ; et si l'on décide de pérenniser le puits, il faudra le « recreuser » régulièrement pour éviter qu'il soit comblé, étant donné le rapprochement inexorable des plaques asiatique et indienne, à l'origine du massif himalayen. La Colombie et le Pérou sont parvenus à surmonter ces difficultés dans l'Altiplano, avec des contraintes tectoniques similaires, souligne le géologue Yves Mathieu. Alors pourquoi pas la Chine, si motivée à développer ses propres ressources d'hydrocarbures, dont le gaz de schiste.

Quelle que soit l'issue de ce forage spectaculaire au Tibet, la Chine affiche encore une fois sa volonté d'accroître son indépendance énergétique, vis-à-vis de ses fournisseurs du Moyen-Orient, d'Asie centrale et de Russie. Pékin accroît aussi de cette manière sa mainmise économique sur la région autonome du Tibet.

Pour aller plus loin :

Yves Mathieu, Le dernier siècle du pétrole ? La vérité sur les réserves mondiales. Le point de vue d’un géologue, éditions Technip, nov. 2010.

À paraître : Yves Mathieu, Jean-Pierre Favennec, Atlas des énergies, éditions Armand Colin, mai 2014

Publié le 28/01/2016 - Modifié le 28/01/2016 - Par Claire Fages

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