Un Airbus A320-200, à l'aéroport de Toulouse.
Un Airbus A320-200, à l'aéroport de Toulouse.
REUTERS/Regis Duvignau
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Airbus et Bombardier s’allient face à Boeing

C’est un nouveau rebondissement spectaculaire dans la guerre commerciale que se livrent les grands constructeurs aéronautiques : ce mardi matin Airbus a annoncé son mariage avec le canadien Bombardier. Le groupe européen prend une participation majoritaire dans le programme des moyens courriers CSeries.
Par Dominique Baillard -

Il y a deux ans à peine le tout puissant directeur commercial d’Airbus disait pis que pendre du jet canadien. Pour étouffer la concurrence dans l’œuf, l’européen a lancé son programme Neo de remotorisation de l’A320. Cette stratégie a plutôt bien marché sur le plan commercial.

Seulement, entre temps, les deux rivaux ont trouvé sur leur chemin un compétiteur encore plus agressif : Boeing. L’américain a une arme fatale pour nuire à tous ses concurrents : c’est le bon droit américain qu’il dégaine très vite et très souvent contre tous ceux qui lui font de l’ombre. C’est en réaction à cette menace que les deux adversaires d’hier ont décidé d’unir leur force.

Pour casser le marché américain du CSeries, Boeing a demandé et obtenu cet été l’imposition de droits astronomiques contre Bombardier

Pour la commission américaine sollicitée au printemps par Boeing le constructeur a bénéficié de subventions québécoises et canadiennes. C’est pourquoi elle a imposé des pénalités triplant le prix de l’appareil sur le marché américain. Un coup de massue pour les ventes de cet avion pourtant prometteur, que la compagnie américaine Delta avait déjà commandé et que d’autres compagnies américaines s’apprêtent à acquérir.

Avec l’entrée d’Airbus au capital de Bombardier, le piège est déjoué, car l’européen mettra à la disposition du canadien ses usines de l’Alabama pour monter le CSeries. Le jet sera alors « made in America » et il échappera à ces droits monstrueux. Bombardier profitera aussi de la force de frappe commerciale d’Airbus pour doper ses ventes.

Airbus depuis quelque temps est dans le viseur de la justice américaine 

Depuis quelques mois, c’est l’affolement général dans l’état-major d’Airbus, car les Américains ont laissé entendre qu’ils pourraient lancer des poursuites pour corruption contre l’avionneur européen. Des commissions occultes ont été imprudemment distribuées dans les grandes années d’Airbus.

Dans l’espoir d’amadouer les juges américains réputés pour la lourdeur des peines prononcées, le constructeur a lui-même plaidé coupable à Londres et par ailleurs a fait le grand ménage parmi ses cadres les plus impliqués. Officiellement le mariage célébré cette nuit n’a rien à voir avec les déboires judiciaires potentiels d’Airbus. Mais au grand jour les dirigeants des pays concernés se sont réveillés ce matin plutôt soulagés par ce rapprochement.

Au Canada, on respire mieux parce que la branche aéronautique de Bombardier aurait pu succomber au coup de boutoir américain.

Au Royaume-Uni c’est le sort de l’Irlande du Nord qui suscitait une très grande inquiétude. Car les ailes du CSeries sont fabriquées à Belfast où Bombardier est le premier employeur. Avec la solution trouvée, on évite donc la crise économique, sociale et même politique qui pendait au bout du nez de Theresa May.

À Paris, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire se réjouit : « tout ce qui consolide la filière aéronautique européenne va dans la bonne direction ». Cette recomposition mondiale de l’aéronautique va sans doute entrainer d’autres fiançailles. Boeing pourrait par exemple convoler en juste noce avec le brésilien Embraer.

Publié le 17/12/2020 - Modifié le 17/12/2020

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