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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Trop c’est trop !
Voilà la phrase-choc qui résume la réaction de Martine Aubry et de dix-sept autres personnalités qui s’insurgent contre le projet de réforme du code du travail présenté par le gouvernement.
Un refus de s’associer à la politique gouvernementale, violent d’ailleurs parce qu’il vient de ceux et celles qui se situent à gauche et qui ont soutenu le pouvoir au début du quinquennat de François Hollande, tout en reconnaissant, pour la plupart d’entre eux des divergences de vues importantes. Mais malgré les querelles de famille, la famille était encore là. Et là, on se demande si cette famille politique n’est pas sur le point d’éclater parce que « trop c’est trop ».
C’est une formule familière, un peu populaire, qui n’a rien d’argotique – trop n’est pas du tout un mot d’argot ; et ça s’apparente à d’autres exclamations : « c’est la goutte qui fait déborder le vase » par exemple.

Comme si on évoquait un effet de bascule, un pas irrémédiable franchi : on en a supporté beaucoup jusque là, mais là, ça n’est plus possible. Et la formule est exclamative. «  Trop c’est trop » ça exprime bien une exaspération : on ne supporte plus, ça doit se savoir. Avec cette phrase qui marque justement parce qu’elle n’essaie pas d’être fine, on passe en force : c’est ce qu’on appelle une tautologie. Ce mot bien savant indique une équivalence, non pas entre deux termes différents, mais entre deux fois le même terme : trop c’est trop, moi c’est moi, lui c’est lui, etc. Tout le monde le sait, mais il y a un moment où il faut que ça se dise.

Si cette formule forte est bien présente dans notre langage, elle n’est pas spécialement à la mode. Et en tout cas, elle ne fait pas partie du langage des jeunes. Alors que l’adverbe trop est très présent dans cet argot de génération. Avec des nuances assez diverses d’ailleurs.
D’abord il est très souvent l’équivalent de très. On sait que la langue familière, et à peu près à toutes les époques invente des mots intensifs, des façons d’exprimer le superlatif : super, hyper, méga pour ces dernières années. Trop a un peu la même fonction : « Trop bien ! Trop content, trop génial ! » Alors évidemment, le sens de l’adverbe est modifié – on peut même dire qu’il est perverti – par rapport à sa signification première. Au lieu de dire l’excès – ce qui est son sens de départ, il dit simplement la grande quantité.
Et l’adverbe est parfois même utilisé comme un adjectif : « oh lui, il est trop ! » Jargon à la mode depuis quelques années maintenant, et qui donc commence à passer de mode. Vraisemblablement il se calquait sur une expression anglaise du même ordre : « He is too much ». Avec un sens assez ambigu : un mélange de réprobation et d’admiration ! Comme si on n’en croyait pas se yeux ou ses oreilles. Comme si on ne pouvait pas s’empêcher d’être séduit par ce qui commence une audace qui commence par nous choquer et finit par susciter une certaine admiration.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensables un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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