#Français de l’actualité

Railleur

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Le p’tit railleur sénégalais reparaît : on s’en réjouit, en général l’existence de journaux satiriques est plutôt un gage de démocratie, on peut se moquer du pouvoir, dénoncer, faire rire. La démocratie bien sûr ne dépend pas que de ça, mais ce n’est pas un mauvais signe. Que dire de ce titre ? Il est plutôt bien trouvé. Et bien sûr il repose sur un calembour entre p’tit railleur et tirailleur. Les tirailleurs sénégalais, on sait bien ce que c’est. Ils n’étaient pas tous sénégalais, mais c’est leur nom qu’on leur a le plus souvent donné, à ces soldats africains, qui appartenaient à l’armée française, et se sont bien souvent battus vaillamment pour un pays qui n’était pas exactement le leur. Tirailleurs ceux qui tirent, donc à qui on a confié un fusil. Et le mot a eu tant de succès qu’on a même parlé de français tirailleur. Il faut évidemment remettre tout cela dans le cadre d’une époque de colonisation, avec tout le racisme et le mépris qu’elle suppose. On appelait français tirailleur la langue de communication, le sabir qui permettait un minimum d’échanges entre des militaires français qui ne connaissaient aucune langue africaine, et des Africains qui, tant bien que mal, sans école et sans guide, assimilaient quelques mots de français, pour comprendre et parler aux militaires qui les commandaient. Mais il est évident que cette expression de français tirailleur s’appliquait aux Africains et non au Français qui leur parlaient. C’est là qu’on voit l’inégalité de traitement.

Le mot tirailleur fait donc partie de l’histoire francophone africaine. Mais il s’agit du P’tit railleur dans le journal qui nous occupe. Un p’tit, qui raille. Et c’est là qu’on voit l’astuce et le calembour : en effet, railler signifie se moquer ! Il s’agit donc du petit moqueur !

Le verbe est ancien, et on peut l’utiliser aussi bien à la forme pronominale – on se raille de quelqu’un – qu’à une forme plus simple : railler quelqu’un ou quelque chose. Il existe encore, mais fait un peu vieillot, presque désuet : on ne l’entend plus guère, même si on le comprend, et qu’on peut le lire. Et il en est de même pour la raillerie. En revanche l’adjectif est relativement plus usité : on parle de propos railleurs, d’une attitude railleuse. Et on entend par là un persiflage, un genre d’ironie malicieuse.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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