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Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Dominique Baillard, journaliste à RFI, se demandait hier, à l’antenne, pourquoi les ventes d’armes de la France à l’Arabie Saoudite patinaient. Que veulent dire cette phrase et cette image ? Rien de bon pour cette économie en tout cas : si quelque chose patine, c’est que ça n’avance plus. Tout est là pour que ça avance, et pourtant on fait du sur-place. L’expression tout droit de la mécanique, et en particulier de l’expérience des moteurs qui entraînent les voitures. Si l’on essaye de passer d’une vitesse à une autre, mais que le moteur n’embraye pas, c’est qu’il n’arrive pas à entraîner les roues, à faire avancer le véhicule. La mécanique tourne et rien ne se passe : elle tourne à vide. Mais c’est le même verbe qu’on emploie qu’on s’est embourbé. Dans une ornière boueuse, un pneu a du mal à s’accrocher. Parfois il se met à tourner sur lui-même sans arriver à entraîner la voiture : il n’accroche pas au sol : il patine. Donc si au figuré on dit que des négociations patinent, c’est qu’elles ne progressent plus : on se répète, on n’arrive pas à lever les difficultés. Et dans une langue familière, et assez imagée, on a des précisions : on patine dans la semoule, dans la choucroute : images assez folkloriques d’un milieu lourd, poisseux. Mais plus souvent encore, on parle de pédaler, même si l’effet de sens est à peu près le même.

Alors ce sens figuré est bien étonnant, car il est presque opposé au sens littéral : patiner, au départ, c’est faire du patin. Patin à roulettes ou patin à glace. Mais l’image prédominante est celle du glissement, facile, léger, élégant. On est bien loin de la mécanique qui gémit en tournant sur elle-même : ce qui importe c’est justement cette rapidité silencieuse, sinueuse, presque aérienne. Toutefois certains patins sont moins virevoltants : c’est ainsi qu’on appelle les semelles ou les chaussons, parfois en feutre, qu’on met dans la maison, pour éviter que les chaussures ne salissent les beaux parquets avec la boue des chemins. Mais là, le mot donne une impression d’intérieur un peu trop propre, fleurant l’encaustique, craignant le moindre dérangement : propreté un peu obsessionnelle, bonbonnière ayant peur de la vie.

Et par ailleurs, comme ce mot a des usages et des référents multiples, on sait qu’il désigne aussi la petite pièce de caoutchouc ou de plastique, montée comme une mâchoire double, et qui se resserre sur la jante, sur le côté de la roue, pour ralentir le mouvement. L’idée du frottement est toujours là, mais utilisée de manière bien différente : il s’agit de frotter pour freiner.

Enfin dans un argot déjà un peu ancien, et d’une façon bien familière, un patin, c’est un baiser. Mais attention, un baiser d’amoureux, un baiser érotique. Échanger un semblable baiser, c’est rouler un patin. Alors pourquoi patin ? Est-ce le frottement des muqueuses qui autorise ce mot. Ce n’est pas impossible ? Mais c’est le verbe rouler qui le fait comprendre ; clin d’œil probable au patin à roulettes !

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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