#Français de l’actualité

Molière

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Quatre-cents ans… un bel âge. Et bien ce serait celui de Molière s’il vivait encore. Quatre siècles en effet se sont écoulés depuis sa naissance, à Paris le 15 janvier 1622 - à un jour près… ! Et il reste une référence évidente lorsqu’on pense à la culture française. Avec Victor Hugo, il est très certainement l’écrivain de langue française le plus emblématique de la culture française. Emblématique ! Oh voilà un mot bien à la mode, bien galvaudé, et peut-être trop employé. Mais ici, il est relativement à sa place : Molière est bien un symbole représentatif, celui qui représente le plus, dans la conscience collective l’identité française, à commencer par sa langue. Un emblème donc !  

Et il a laissé des traces nombreuses dans la mémoire, et dans la langue française. Ne serait-ce que pour la désigner : quand on dit la langue de Molière, c’est une périphrase, une expression pour dire le français.  

On trouve d’ailleurs d’autres expressions composées sur le même calque pour désigner d’autres langues : la plus courante est la langue de Shakespeare, pour renvoyer à l’anglais. Mais presque aussi couramment, on dit la langue de Goethe, pour l’allemand. Et plus rarement, on applique le même processus à d’autres langues : la langue de Cervantès pour l’espagnol, la langue de Dante pour l’italien. On a compris le principe : on désigne une langue d’après l’un des écrivains les plus connus qui l’a utilisée. Mais pas n’importe lequel : un auteur incontestable, mais un auteur assez ancien, dont la renommée est indiscutable.  

Et bien sûr quand on parle de la langue de Molière, c’est une image. Il ne faut pas la prendre au pied de la lettre : si par quelque magie, on pouvait entendre Molière parler, on ne comprendrait pas grand-chose ! L’accent du français, son vocabulaire ont trop changé en quatre siècles. 

D’ailleurs, il n’y a pas vraiment une langue de Molière : ses styles sont multiples selon les personnages qu’il fait parler : Scapin, ce valet fripon qui se souvient de la comédie italienne jusque dans son nom, ne parle pas comme Dom Juan, l’un des rares grands seigneurs à être représenté dans ce théâtre, ni comme Monsieur Jourdain, le Bourgeois-gentilhomme, ni comme Tartuffe l’hypocrite. Mais malgré cette diversité, et ses jeux innombrables avec la langue, les langues inventées, celle du grand Mamamouchi, le faux latin du médecin malgré lui langue du Molière écrit peu après 1650, et il représente bien cette époque qu’on appelle classique. 

Alors de quoi parle-t-on quand on évoque la langue de Molière ? On a quand même à l’esprit qu’il s’agit du français et souvent du bon français, du bon usage : on dit qu’il ne faut pas écorcher la langue de Molière, qu’il faut la défendre… et cette expression sert bien souvent à critiquer ou à se moquer de ceux dont on pense qu’ils ne l’utilisent pas bien, qu’ils la massacrent. La langue de Molière est donc souvent une expression de puriste scandalisé, méprisante ou condescendante. 

Ce nom illustre est également associé à d’autres, qui évoquent aussi une culture française un peu académique, en tout cas d’un classicisme presque intouchable : la maison de Molière, c’est la Comédie Française, l’un des théâtres les plus illustres, fondé en 1680, alors que Molière est déjà mort depuis sept ans, mais qui reprend son répertoire et son prestige. 

Mais qu’est-ce que c’est que ce nom de Molière ? Celui que se donna Jean-Baptiste Poquelin. On prenait très souvent des pseudonymes chez les gens de théâtre à l’époque, plus encore qu’aujourd’hui. Mais pourquoi Molière. L’écrivain n’a jamais voulu le dire, même à ses meilleurs amis, parait-il. En tout cas c’est ce que rapporte Grimarest, qui écrivit la première biographie de l’auteur. 

On a donc un mystère de ce pseudonyme, qu’on écrit avec un accent, étrangement, alors que Molière lui-même, l’a toujours écrit sans !  

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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