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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Dans l’actualité sportive, on entend sans cesse parler de coach. On le sait le mot est en général synonyme d’entraineur, qui existe encore dans le vocabulaire. Mais il n’y a pas que dans le sport que les coachs se font remarquer. Dans le monde des arts, notamment chez les chanteurs ou les musiciens, on le trouve aussi. À tel point que ce qu’on appelle le coaching est devenu un métier : on aide, on soutient, on prodigue des conseils, on accompagne quelqu’un dans une pratique quelconque. Et on a même aujourd’hui des coaches de vie : un coup de main pour vivre mieux, plus équilibré, ou parfois pour surmonter un mauvais moment : on se fait coacher !

C’est donc un phénomène de société qu’il faut bien nommer, et qu’on nomme à l’anglaise, puisque la pratique s’est répandue dans le monde anglo-saxon avant d’arriver en France. Mais ça n’a pas encore touché l’ensemble de la francophonie. Ce mot de coach se prononce encore plus ou moins à l’anglaise. Et même s’il vient du français coche ou cocher (celui qui mène un attelage), son orthographe est clairement étrange. On a donc pensé à lui trouver un remplaçant et le mot de mentor est bien placé.

On ne l’utilise pas vraiment pour le sport : l’entraineur a un rôle plus technique que le mentor ne saurait remplacer.

En revanche, pour les autres emplois il convient assez bien.

Mentor est un mot bien ancien qui évoque le tuteur, un guide pour quelqu’un de nettement plus jeune. Il n’a pas exactement un rôle de protecteur, pas uniquement celui de professeur, mais il sert d’exemple et donne des conseils avisés et expérimentés. Il s’agit donc d’une relation particulière, faite de confiance et d’affection mutuelles.

Mentor est à l’origine un nom propre : c’est un personnage de l’Odyssée. Quand Ulysse quitte son île d’Ithaque pour faire la guerre aux Troyens, il lui confie le soin de s’occuper de son fils. Au XVIIIe siècle, Fénelon reprend ces personnages pour continuer cette histoire édifiante de Télémaque, dans laquelle Mentor joue un rôle déterminant. C’est lui notamment qui pousse l’adolescent à partir à la recherche de son père : ceux qu’on appelle les prétendants, ceux qui prétendent qu’Ulysse est mort et que sa « veuve » Pénélope doit se remarier, deviennent insistants. Si l’un d’eux parvient à épouser la reine, il montera sur le trône et prendra le contrôle de l’île et la place d’Ulysse. Le jeune Télémaque doit donc mûrir, agir, oser, pour préserver l’honneur de ses parents, et ses droits à la succession. C’est Mentor qui l’initie et l’aide à quitter les habits de l’enfance pour endosser ceux du jeune homme. Fénelon d’ailleurs écrit ce roman alors qu’il est précepteur du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV qu’on peut croire destiné au trône : d’une certaine façon, Mentor, est le double de l’auteur…

Grâce au succès de l’ouvrage, Mentor passe donc dans une langue française un peu savante et littéraire et commence à s’utiliser comme nom commun. Ce terme est donc fortement inscrit dans la tradition de la langue française. Pourtant, il s’exporte bien, et il est employé en anglais, et même en anglo-américain, peut-être plus qu’en français : c’est de là-bas qu’il semble nous revenir, avec un sens assez particulier : le mentor, pour un jeune artiste est un artiste plus vieux, plus expérimenté, et surtout plus connu, qui le prend sous son aile : le mentor a un poulain.

Avertissement !  
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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