#Français de l’actualité

Itinérance mémorielle

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Une semaine d’itinérance mémorielle pour Emmanuel Macron. C’est l’expression qui a été choisie par l’Élysée pour nommer ces déplacements qui s’échelonnent sur la semaine en cours, et qui vont l’amener dans de nombreux lieux symboliques de la guerre de 14-18. Discours, rencontres, recueillement… de nombreux gestes pour évoquer la mémoire des combattants de ce carnage. Non pas à la manière des monuments aux morts qu’on a élevés un peu partout en France, et qui ont encore souvent un accent très patriotique, et très hostile à l’ennemi. Mais si les ennemis de jadis sont réconciliés, la guerre et ses horreurs ont été telles qu’elles ont conditionné l’idée nationale pour longtemps. On peut donc se demander aujourd’hui comment il faut conserver cette mémoire, ce souvenir de la Première Guerre mondiale. C’est un peu ce qui est évoqué par l’adjectif mémoriel. Un mot peu courant, mais qui se développe en relation avec les expressions droit à la mémoire, devoir de mémoire, qui ont fleuri dans le vocabulaire politique et moral ces dernières années. Devoir de mémoire, c’est l’expression qu’on entend à propos du passé sombre des nations. Pendant longtemps on a plutôt parlé du souvenir : cérémonie de souvenir, seule façon peut-être de jeter un pont entre les vivants et les morts. Parler de mémoire correspond davantage à une actualisation du souvenir : faire vivre le souvenir dans la vie d’aujourd’hui, alimenter une mémoire. Le devoir de mémoire pourrait donc consister à se souvenir de ce qui s’est passé, à en établir l’histoire pour se prémunir contre une possibilité que ça recommence.

Et l’itinérance alors ? Voilà un autre mot rare. Et l’Élysée a évité l’expression voyage officiel : il s’agit donc d’autre chose : plusieurs jours consécutifs avec des visites dans le nord et l’est de la France, aux lieux qui furent meurtris par cette guerre. Cela fait penser à un pèlerinage, ou en tout cas un pèlerinage à étapes. Mais voilà, le mot de pèlerinage est bien trop lié à un vocabulaire religieux. Il ne conviendrait donc pas du tout. Périple aurait été possible même si à l’origine le mot évoque un voyage maritime, le plus souvent circulaire : on revient en fin de parcours au point de départ.

Itinérance est un mot très rare, avec pourtant un sens technique tout récent, lié à l’acheminement des communications téléphoniques d’un opérateur à un autre. Mais sans ça on peut pratiquement dire qu’il n’existe pas en français d’aujourd’hui. Mais cela fait parfois partie de la stratégie d’un président de la République de lancer ainsi des mots qui étonnent, et qui donc se retiennent, suscitent des commentaires.

Alors quel sens lui donner, quels échos fait-il naître ? Il fait penser à un mouvement qui ne s’arrête pas, ne se pose pas. D’une certaine manière, un clin d’œil au nom du rassemblement qui l’a porté au pouvoir : En marche !

Avertissement !

Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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