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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Peu après l’hospitalisation du premier ministre britannique, Boris Johnson, on a appris qu’il avait confié à son ministre des Affaires Etrangères, Dominic Raab, le soin de prendre les rênes du gouvernement tant qu’il ne serait plus apte à assurer lui-même cette fonction. Dans les faits, Dominic Raab assure donc l’intérim de Boris Johnson. C’est-à-dire qu’il prend momentanément sa place. Il occupe donc une chaise laissée vide pour un motif de maladie. Et c’est a priori un poste qu’il occupera jusqu’à ce qu’officiellement un premier ministre soit de nouveau en mesure de prendre tout ça en charge. C’est bien cela qu’on appelle un intérim. C’est le sens du mot depuis bien longtemps : en français, dès le 15e siècle, ce mot latin sert à désigner une responsabilité provisoire, assurée quand le titulaire n’est plus en mesure de le faire. On voit donc qu’au départ le mot s’applique à des situations de pouvoir et de prestige : c’est au sommet de l’état ou à la tête de l’armée qu’on peut parler d’intérim.

On l’a bien deviné, le mot est latin. Non qu’il vienne du latin et que l’usage l’ait transformé en un mot français, comme c’est le cas pour le plupart des termes de notre vocabulaire. Non : là il s’agit d’un mot latin qu’on a transféré sans le changer dans notre langue. C’est le cas pour un certain nombre de mots savants, et en particulier de mots juridiques. Le droit s’est dit en latin fort tard en France, et le latin est par excellence de la loi et des règles du pouvoir. Et quand le mot est d’un usage fréquent ou important, il quitte la langue latine, sans se changer, et s’installe ainsi en français. Interim est un adverbe latin qui veut dire pendant ce temps. Ce qui fait très bien comprendre son sens. Et la préposition inter sur laquelle il est construit, (et qui donne entre en français) donne bien cette idée d’un temps coincé entre deux bornes, délimité de part et d’autre.

Ce mot d’intérim est encore très courant en français d’aujourd’hui, avec un sens proche, mais des situations fort différentes. Il renvoie au monde du travail et de l’emploi. On fait un intérim lorsqu’on remplace quelqu’un, mais souvent dans des fonctions bien plus subalternes, qui ne nécessitent pas de formation très poussée. Ainsi, d’un moment à l’autre, on peut prendre la place de celui ou de celle qui est indisponible. Et on fait ainsi l’intérim d’une femme en congé de maternité, d’un travailleur malade, ou qui a pris un congé. La fonction s’est tellement répandue qu’on parle même d’intérimaire. Alors est-ce un métier que d’être intérimaire ? Pas vraiment ! Puisque par définition, on peut faire tous les métiers successivement, ou presque, selon qu’on remplace un maçon, un secrétaire, un jardinier ou une vendeuse. Mais ce peut être une fonction dans laquelle on reste longtemps. Et on sait d’ailleurs qu’il existe des agences d’intérim, spécialisées. Ceux qui les font tourner sauront peut au mieux remplacer tel ou tel. Mais ce statut d’intérimaire n’est pas sans défaut : on y est souvent mal payé, et il est bien difficile de s’y organiser, de se syndiquer par exemple, pour échapper à l’exploitation.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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