#Français de l’actualité

Handicap

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Une conférence nationale du handicap vient d’être réunie par Emmanuel Macron. Il s’agit donc de réfléchir aux moyens dont ces handicaps, et ces handicapés vont être intégrés dans la vie et dans la société alors que pendant longtemps on a considéré les handicaps comme des freins à la vie collective, parfois même des tares ou des stigmates, plus que des manques ou des impossibilités et que donc les handicapés se retrouvaient dans des situations d’exclusion, de marginalisation : pas comme les autres disait-on. On en est revenus, mais pas totalement : il reste de la route à faire, et c’est probablement pour ça qu’on convoque des conférences. Mais l’existence même de ce mot handicap et son usage montre bien le chemin parcouru !

Car ce mot handicap est relativement récent, et il a longtemps fonctionné comme un euphémisme, un mot qui ne fâchait personne, qu’on ne sentait pas comme dépréciatifs, comme insultant, comme rabaissant la personne qui en était porteuse, et donc qui tentait de gommer cette impression de « pas comme les autres ».

L’histoire du mot est très étonnante, car il vient de loin, et son sens de départ a très peu de rapport avec sa signification sociale d’aujourd’hui.

Il est emprunté à l’anglais et au monde du sport dans la première moitié du 19e siècle, comme pas mal d’autres : le chic anglais impressionne les Français, et le sport naissant est l’une de ses manifestations : donc on emprunte largement. Alors si l’on décompose le mot, en anglais, on obtient hand in cap : la main dans le chapeau, ou la casquette. Ce qui nous renvoie à une compétition dont les récompenses étaient placées dans un chapeau. Le sens glisse assez curieusement pour désigner une course de chevaux, et même de chevaux de valeurs inégales : certains sont peut-être plus jeunes ou plus entraînés. Et on aimerait bien que la course de fasse entre concurrents qui sont égaux au départ, si bien que l’issue gardera son caractère de surprise. Alors on va charger les meilleurs chevaux d’un poids supplémentaire, on va les ralentir et rétablir artificiellement une égalité des chances.

C’est à partir de là que le sens moderne s’est construit, pour décrire, étonnamment une réalité inverse : le handicap représente la gêne, l’entrave, la différence avec la moyenne des gens, avec les gens qu’on-dit « normaux ». Et celui qu’on appelle un handicapé est donc porteur d’un problème, ou en tout cas d’une différence qui semble l’inférioriser par rapport aux autres : facteur d’inégalité et non d’égalité.. Mais ce mot a été utilisé pour qu’on en évite d’autres qui étaient sentis comme dépréciatifs, comme des jugements : on parle de handicapé pour ne pas parler d’infirme. Avec ce risque que la différence de vocabulaire fasse oublier la différence tout court. Mais ce mot, qui se prononce avec un « h » dit aspiré (on ne dit pas les « zhandicapés » !) est maintenant passé dans un vocabulaire usuel et il est à peine senti comme un euphémisme.  

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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