#Français de l’actualité

Grenelle

mots-actu_g.png
RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Le gouvernement a présenté une série de mesures décidées lors du Grenelle des violences conjugales qui vient de s’achever, et qui a duré près de trois mois. Et ce mot de Grenelle on l’a entendu constamment à propos de ces concertations. Un nom propre donc – on s’en rend compte quand on le voit écrit, avec sa majuscule –, mais qui fonctionne comme un nom commun, et presque toujours avec la même formule : le Grenelle de ceci, de cela, ces derniers temps, des violences conjugales.

Et ce mot s’applique à un processus de négociations, en général importantes. Des négociations dont tout le monde s’accorde à dire qu’elles sont nécessaires, et souvent même qu’elles ont tardé : elles sont importantes parce qu’elles arrivent tard, pour tâcher de régler une question déjà mûre et qui s’est alourdie de tout ce temps passé sans qu’on la règle.

Bien souvent aussi on parle de Grenelle quand on reconnaît qu’il manque quelque chose, qu’il faut combler un vide juridique ; il faut donc rattraper le temps perdu, comme s’il était grand temps, comme si on aurait dû s’en occuper avant !

Un Grenelle en tout cas réunit des interlocuteurs qui viennent le plus souvent d’horizons différents, et qui portent des idées très différentes, souvent contradictoires.

Mais pourquoi Grenelle ? Le nom appartient d’abord à la géographie parisienne. C’est d’abord le nom d’un village, non loin de la Seine, rapidement intégré à la grande ville, et qui finit par donner son nom à une rue, assez chic, dans un quartier où l’on trouve beaucoup de bâtiments officiels. Et justement c’est rue de Grenelle que se tient le Ministère du Travail.

En toute logique c’est donc là que se déroulent les négociations qui à la fin du mois de Mai 1968 vont tenter de mettre fin à ce qu’on appelle les « événements ». Négociations marathons, pendant trois jours et pratiquement trois nuits entre des représentants du gouvernement de George Pompidou, et notamment le jeune Secrétaire d’État aux Affaires sociales, Jacques Chirac, les représentants des grévistes, et des syndicats, et les représentants du patronat. Résultats importants : le salaire minimum est augmenté de 35 %, et ces accords de Grenelle vont être le premier moment de la résolution de cette crise, même s’ils ne sont pas acceptés par tout le monde sur le moment.

Cette première rencontre n’est pas en soi un « Grenelle », même si c’est le premier du nom. Mais justement c’est avec les suivants que le mot pourra prendre sa place dans le vocabulaire politique. Et les suivants, il faut attendre longtemps pour les entendre. On ne les rencontre pas avant la présidence de François Mitterrand. La gauche au pouvoir est heureuse de renouer avec ce terme qui évoque une négociation qui crève un abcès. Et Nicolas Sarkozy a l’habileté de l’utiliser aussi, comme s’il ne montrait pas là que le terme n’appartient pas en propre à la gauche. Et on voit donc, avec Marlène Schiappa qui l’a utilisé pour le Grenelle des violences conjugales, qu’il n’est plus marqué par une option politique donnée.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

Logo DGLFLF Ministère de la Culture

En partenariat avec la Délégation Générale à la Langue française et aux Langues de France (DGLFLF)

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias