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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

La Cour d’appel a rendu, hier, sa décision en ce qui concerne les emplois présumés fictifs dont bénéficiait Pénélope Fillon, femme de l’ancien Premier ministre et candidat malheureux -c’est l’expression consacrée lorsqu’ils ont perdu l’élection- à l’avant-dernière élection présidentielle. L’un des contrats n’est pas jugé fictif : Pénélope Fillon est acquittée « au bénéfice du doute précise », précise RFI. Pour les deux autres en revanche, la justice les a bien jugés fictifs. 

Que veut dire ce mot ? Il a plusieurs sens, mais le principal, et en tout cas celui qu’on trouve ici, correspond à une idée de fausseté, et de simulation. Un emploi fictif serait donc un faux emploi, un emploi simulé. Il existe bien de façon administrative, officielle et financière ! Il est prévu dans l’organigramme de l’entreprise ou de l’institution ; il correspond à un certain travail et à une personne précise, qui est rémunérée. Mais on parle d’emploi fictif quand le travail prévu par cette fonction n’est pas réalisé. Donc tout est réel là-dedans sauf le travail. 

Qui peut avoir intérêt à créer des emplois fictifs ? On a souvent reproché à des hommes politiques d’imaginer ce type d’emploi pour aider à financer leur parti politique et notamment pour préparer les élections. On peut imaginer par exemple que le maire d’une ville utilise le budget municipal pour créer des emplois qui ne correspondent pas à une tâche réelle. Le salaire de Dupont est bien versé à Dupont. Est- ce que ça signifie que Dupont est payé à ne rien faire ? Pas forcément. Dupont peut très bien travailler pour le parti politique du maire. Mais si le parti n’a pas de quoi le rémunérer, c’est une astuce pour qu’il soit payé par un organisme sans rapport direct avec le parti politique en question. C’est donc le budget de la ville qui paye pour préparer les élections. Mais d’autres cas sont possibles : parfois un emploi fictif, ou simplement une mission fictive, pour payer quelqu’un qui n’a aucune activité, et qui touchera malgré tout un salaire, par exemple pour réaliser une étude… qui en fait n’existe pas : cela malheureusement s’est vu ! 

Créer un emploi fictif est donc un délit ; en bénéficier aussi. 

Mais l’adjectif n’est pas toujours lié à une activité répréhensible : fictif veut dire inventé, et tout ce qui est inventé ne tombe pas sous le coup de la loi. Fictif correspond donc souvent à imaginer. On parle ainsi de personnages fictifs et notamment en littérature. Dans Les Trois mousquetaires par exemple, le célèbre roman d’Alexandre Dumas, beaucoup de personnages ont une origine historique : D’Artagnan, qui a existé, même si Dumas le transforme totalement, Louis XIII, Richelieu etc. Mais on a aussi Athos, Porthos, Aramis, les fameux trois mousquetaires, qui eux sont totalement inventés, totalement fictifs ! On voit que l’adjectif est souvent employé particulièrement quand on parle de roman. Le roman est par excellence l’art de la fiction, de l’invention d’un monde. Et on parle d’ailleurs de textes de fiction pour évoquer les histoires, inventées et écrites. Le succès récent de ce mot dans le vocabulaire littéraire doit beaucoup à l’anglais. En effet, dans les librairies anglophones, les livres sont souvent divisés en deux grands ensembles : fiction et non-fiction. Mais comme ce mot existe en français, et depuis longtemps, il n’y a aucun mal à l’employer, et il serait ridicule d’en chercher un autre. À partir de ce modèle, on a créé d’autres mots : la science-fiction pour les romans d’anticipation qui imaginent des aventures dans l’avenir, en fonction des évolutions scientifiques imaginées par l’auteur. Là, il faut bien avouer que l’expression est empruntée à l’anglais et que sa construction évoque des habitudes cette langue. Mais il est passé sans douleur en français, à tel point qu’on l’abrège volontiers à partir de ses initiales : SF, qui d’une certaine façon est le pendant de la BD. Et, beaucoup plus récemment on parle d’autofiction - une manière de cataloguer les romans à base autobiographique, qui reconstruisent, ou réinventent une vie de l’écrivain. 

Avertissement !  
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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