#Français de l’actualité

Femme de réconfort

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

70 ans maintenant que la Deuxième Guerre mondiale est terminée, et pourtant, nous vivons encore souvent ans l’écho de cette époque terrible. Et à des degrés très divers.
Par exemple, on a appris hier qu’un accord venait d’être conclu pour régler le contentieux – c'est-à-dire le problème – qui existait entre la Corée du Sud et le Japon à propos des femmes de réconfort. Celles qui furent enrôlées de force par l’armée japonaise pour remplir les bordels de l’armée japonaise durant la guerre. Une compensation financière a donc été trouvée, des regrets ont été prononcés. Mais surtout le fait a été reconnu par les Japonais donc ça appartient à l’Histoire, ce n’est plus nié, ce n’est plus masqué.

Mais l’un des éléments notables dans  cette histoire, c’est la dénomination dont usaient les Japonais pour désigner ces prostituées de force : des femmes de réconfort. Et en effet, l’idée était qu’elles réconfortent les soldats japonais, qu’elles subvenaient aux désirs des soldats, séparés de leur famille, de leur conjointe, de leurs habitudes affectives ou sexuelles. Et bien sûr out est vu du point de vue masculin : ces femmes réconfortent les hommes, elles y sont contraintes, elles n’ont pas le choix, elles sont forcées. Et elles ne sont nommées que par rapport à cette fonction.

Ce qui est souvent le cas pour nommer cette pratique de la prostitution qui précisément a bien du mal à se nommer : on recourt à des images obliques, on atténue, on s’amuse ou on feint de s’amuser. Et souvent on met en avant le plaisir de l’homme dans la relation prostituée.

On pourrait considérer que ça a le mérite de la franchise et que ça ne camoufle pas la réalité de la relation. Mais en même temps ça revient à nier totalement le point de vue féminin. Comme s’il n’existait pas.

Si l’on parle de fille de joie, il ne s’agit certainement pas de la joie de la fille en question. La violence du rapport est ainsi souvent camouflée par l’un de ses éléments, la séduction ou le désir. Et la beauté féminine – c’est un petit peu la même chose – elle est toujours évoquée avec en fond de scène son résultat : on parle de belle de nuit, on a parlé de courtisane, de femme galante.

Les dénominations mettent en avant le charme de la prostitué, et donc présentent l’homme comme quelqu’un de charmé, de séduit, à la limite d’amoureux. Mais surtout pas comme un consommateur.

Pourtant dans certaines expressions, on trouve bien marqué l’aspect marchand du corps féminin, ne serait-ce que dans les allusions aux lieux où on peut les rencontrer : des lieux publics pour des femmes dites publiques, des filles publiques ou bien des filles des rues.

Mais là encore il est arrivé que la formule soit fardée, comme l’est souvent  le corps prostitué. On a parlé avec une fausse poésie de fleur de macadam, de vénus de carrefours. La fleur vient inverser le macadam (c'est-à-dire le trottoir) et la vénus (c’est le nom de la déesse de l’amour dans la mythologie latine) met comme un pastel sur le carrefour.

On voit à quel point on est gênés pour mentionner justement ce fait de la prostitution et qu’on gomme totalement ou presque totalement la violence qui est faite aux femmes.

Avertissement !
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensables un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

Canopé

Coproduction du réseau CANOPÉ.
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