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Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

« Lisbonne craint le couperet bruxellois » pouvait-on entendre hier sur RFI avec un titre particulièrement journalistique, qui utilise des façons de dire tout à fait typiques des médias politiques d’aujourd’hui. (Lire l'article)
Lisbonne, Bruxelles, couperet : trois mots qui sont en fait des images, des habitudes de l’expression politique, tout à fait révélatrices de ce type de jargon.

On sait que Lisbonne et Bruxelles sont des capitales, mais leur nom n’est pas utilisé de la même façon : elles arrivent dans ce paysage par des entrées différentes. Lisbonne est la capitale du Portugal, et ce nom représente bien ce pays. Ou plus exactement le gouvernement portugais actuel.
Et face à ça on pourrait s’attendre à ce que Bruxelles, qui est aussi une ville capitale, représente son pays, la Belgique. Et bien pas du tout : pas de symétrie.
Dans cette phrase, Bruxelles représente l’Europe, et plus précisément l’Union européenne, dont les administrations sont essentiellement concentrées à Bruxelles.

Bruxelles, c’est donc une sorte d’abstraction qui fait souvent un peu peur, et qui représente le pouvoir de l’Union européenne, et en même temps un genre de précipité de bureaucratie, de concentré de bureaucratie. Comme si tout ce qui se décidait à Bruxelles, l’était à partir de chiffres et de dossiers, dans tenir compte de la réalité des différents pays, de leur histoire, de leur culture, de leur climat, de leur chair d’une certaine façon.
Et les décisions sont souvent perçues comme des diktats, c'est-à-dire des ordres dictatoriaux, qu’on ne discute pas et qui peuvent casser un élan, une économie, un redressement tout comme elles peuvent aider, secourir, ou condamner, ou blâmer.
En fait, l’image de Bruxelles n’est pas très positive. C’est celle d’un monstre froid et tout-puissant.

Alors pourquoi Lisbonne craint-elle le couperet ?
Là, l’image est celle de la guillotine, avec sa lame oblique et terrifiante, qui tombe en une seconde. L’image de l’exécution, mais aussi celle d’un acte qui divise le temps : il y a un avant et un après. On ne revient pas en arrière. Mais surtout, le couperet, c’est ce qui tranche, et c’est là qu’on comprend mieux encore comment fonctionne l’image : trancher, au figuré, veut dire décider. Et souvent décider lorsque plusieurs personnes ne sont pas d’accord. Et même parfois quand il y a une discussion, un désaccord un peu vif. Et pour intensifier encore l’expression, on dit parfois « trancher dans le vif », c'est-à-dire décider à chaud, ne pas attendre, ne pas essayer d’arranger les choses.
L’image est donc forte : celle d’une décision irrévocable, qu’on attend, et qui « tombe ». Comme un couperet. C’est le verbe qu’on entend la plupart du temps : la décision est tombée. Et elle est tombée sèche, cassante, annoncée sans ménagement, sans explication. Enfin, peut-être pas encore tout de suite puisque pour l’instant Lisbonne craint le couperet bruxellois.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensables un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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