#Français de l’actualité

Congo Files

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Voilà qu’on parle beaucoup des Congo files : les documents confidentiels de l’ONU sur l’assassinat des deux experts ont été sortis de leur cachette et rendus publics, et tout cela devient une affaire d’État en RDC. L’affaire des Congo files précisément. Une expression étonnante par son accent et son caractère anglais. Alors on sait que la langue de travail principale des Nations-Unies est l’anglais. Et le journalisme français a emprunté tel quel la formule aux anglophones.

Et c’est en effet étonnant à plus d’un titre. D’abord la prononciation marque fortement l’origine les mots : « faïle » n’est pas « file », et le « i » est bien dit à l’anglaise. La locution est donc déjà fortement colorée. D’autre part, elle n’est pas immédiatement compréhensible, contrairement à d’autres. File en français, personne ne sait ce que c’est. On pense par exemple aux Panama papers. Bien sûr il faut connaître le contexte, la situation générale pour savoir de quoi il s’agit. Mais ces papers sont relativement transparents. Le mot est assez proche de « papier ». On aurait pu s’attendre à ce qu’on parle des Congo Papers : il y avait un précédent, et peu de gens auraient sourcillé. Ou alors le Congo gate ! Ce mot pourtant n’est pas familier du vocabulaire français. Mais depuis le début des années 70 et la chute de Nixon, après le scandale du Watergate, on l’a très souvent entendu, et dans des situations très diverses. Mais toujours précédé d’un premier mot qui en indique la référence : Iran gate, Penelope gate, Angola gate, Diesel gate. Dans ce cas, on peut penser que le mot gate ne se prononce pas à la française, le « a » est clairement anglicisant ; et d‘autre part, le mot gate n’a rien de français et on n’en peut deviner le sens par pure intuition. Mais son sens n’a aucune importance. En tout cas son sens dans Watergate, première apparition de la formule, qui est un nom propre, et le nom d’un immeuble où certains bureaux étaient espionnés par les services du président des États-Unis. Alors que dans le cas qui nous occupe, file est bien là dans son sens propre. Et file signifie dossier, ou fichier. D’abord, exactement comme en français, de façon concrète : il s’agit de la chemise, du petit cahier cartonné dans lequel on va ranger des documents qui traitent d’un certain sujet. Puis le mot désigne le contenu de ce dossier, les documents eux-mêmes. Et enfin l’affaire abstraite, dans son ensemble. Dans le cas du Congo il s’agit presque de tout à la fois, en tout cas de la réalité des supports d’information, les files, même si ce sont des fichiers informatiques qui ont été transmis. Et surtout cela concerne la réalité des renseignements qui ont « fuité », c’est-à-dire qui, par une sorte de fuite, ont été communiqués à des gens qui n’étaient pas censés les connaître. Et qui ensuite les ont largement diffusés.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensables un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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