#Français de l’actualité

Concubine

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Une concubine répudiée ! En voilà une étrange information. À l’ordinaire, ce sont plutôt les épouses qui le sont. La répudiation n’existe pas dans toutes les sociétés ni dans tous les codes civils, mais c’est le plus souvent une femme qui est répudiée par son mari. Encore que la répudiation d’un mari par sa femme puisse être envisagé, mais c’est bien plus rare. Et il s’agit d’un acte unilatéral : la décision de l’un des membres du couple officiel de casser le mariage et de renvoyer son conjoint ou sa conjointe. Il y a donc une violence certaine dans cet acte, qui est une décision d’un seul, et non un jugement motivé et décidé par un juge, comme par exemple le divorce. Mais la répudiation le plus souvent se rencontre lorsqu’un couple a un lien légitime et officiel. Peut-on donc répudier une concubine ? C’est là que se posent tous les problèmes de traduction difficile ou impossible terme à terme d’une culture à l’autre. Visiblement en Thaïlande, la répudiation d’une concubine est possible. Et les mots que nous traduisons par concubine et répudiation sont légèrement différents, ont un autre sens et surtout une autre histoire, d’une langue à l’autre.

Qu’est-ce qu’une concubine dans le cercle royal thaïlandais, puisque c’est la concubine du roi qui vient d’être répudiée ? Un rôle, un statut, une position officielle, qui ne correspond pas au mariage, mais qui néanmoins est reconnu et qui a ses règles. Et visiblement, une concubine, ça se répudie, autrement dit, ça se jette !

Le concubin, la concubine, le concubinage sont des mots français qui viennent du latin, et dont l’origine est éclairante : il s’agit littéralement d’être couchés ensemble. On voit donc que l’intimité sexuelle est au cœur du sens du mot, ce qui n’est pas du tout le cas pour les mots mariage, mari, femme, époux, épouse. Sont réputées vivre en concubinage deux personnes qui vivent ensemble, qui vivent maritalement comme on dit. Mais justement, cet adverbe « maritalement » est paradoxal : on vit comme mari et femme, mais sans être mariés. Et cette position, pendant longtemps, a été considérée comme critiquable, infériorisante et même méprisable : on vivait dans le péché ! On était en marge de la société, ni dans le vrai célibat, ni dans le mariage, ni dans le veuvage. Les choses ont très largement changé, surtout depuis les années 70 : à peine cinquante ans. Mais très nombreux, en tout cas en Europe, sont les couples non mariés qui mènent une existence stable, ont très souvent des enfants. C’est une donne démographique qui est donc relativement récente, et qui étonnamment, n’a pas de mot officiel pour se décrire. On aurait pu penser au contraire que cette évolution allait généraliser l’usage de ce mot concubin. C’est le contraire qui s’est produit ! Le mot était trop péjoratif ; il portait un jugement bien trop condamnable. Et il ne s’est jamais séparé de ses échos. D’autant que d’un point de vue strictement sonore, le mot prête aux plaisanteries salaces : con-cu-bin ! On a donc eu recours à des formulations assez vagues même si tout le monde les comprend, ami ou amie, parfois. Compagne ou compagnon le plus souvent. 

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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