#Français de l’actualité

Challenger

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Benyamin Netanyahu en position délicate alors que former un gouvernement n’est pas une tâche facile pour lui. D’autant que maintenant, au sein de son propre camp, il a un adversaire qui compte, Gideon Saar, qu’on présente volontiers comme son challenger.

Un mot anglais, un anglicisme, courant dans la langue des informations politiques, même son origine est à trouver ailleurs ! Qu’est-ce que c’est donc que ce mot bizarre ? Son sens actuel est facile à comprendre : il s’agit de celui qui veut ravir son titre à un champion, qui donc, se pose en rival et ambitionne de prendre sa place.

Il a d’abord été employé dans le vocabulaire du sport, spécialement celui de la boxe. On l’emprunte dans cet emploi à l’anglais dès la moitié du XIXe siècle. Il s’est ensuite étendu à ne nombreux sports, au point que le mot challenge a fini par désigner un certain type de compétition, comme le célèbre Challenge Yves du Manoir, une rencontre de rugby. Il y a même eu, vers 1850, une tentative de francisation : on parlait de la Challinge-Coupe ! Mais, ça n’a pas duré, et ça a été remplacé par la Challenge Cup.

Comme le mot a du succès, et que les images sportives déteignent souvent dans d’autres contextes, on le trouvera dans la langue politique à partir du milieu des années 60, période qui coïncide avec la grande vague d’anglicismes qu’on remarque en France. Il apparaît aussi juste avant le second mandat du général de Gaulle, lorsqu’un (encore) jeune homme politique français s’attaque à la légende indéboulonnable que représente de Gaulle : il s’agit de François Mitterrand, qui met de Gaulle en ballottage. C’est donc Mitterrand, qu’à l’époque, on appelle le challenger. L’image se précise : un jeune ambitieux veut prendre la place de celui qui est établi au pouvoir de façon apparemment solide. Le challenger lance donc un défi. Et souvent d’ailleurs, à la place du mot emprunté à l’anglais, challenge, on emploie le mot défi. Mais la difficulté à franciser la famille tient au fait que si, on a avec défi, un bon équivalent de challenge, on n’a pas de mot qui corresponde à challenger : le défieur, ou le défiateur n’existent pas !

Alors challenge et challenger sont-ils des anglicismes comme les autres ? En fait, nous avons encore une fois affaire à un aller-retour entre les deux pays : le mot anglais challenge fait partie des nombreux emprunts de l’anglais au français. Il dérive de l’ancien français calenge ou challenge, qui lui a surtout un sens juridique : il s’agit d’une accusation publique, par laquelle on invite quelqu’un à venir soutenir l’accusation qu’on porte contre lui. On l’invite donc à venir se justifier, et même, on le provoque pour qu’il accepte ce risque. On voit bien comment assez vite, on pourra glisser vers le vocabulaire des tournois.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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