#Français de l’actualité

Bijoux de famille

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.
Faites l'exercice pour comprendre ce mot de l'actualité : Bijou, bijoux de famille, bijou d'architecture
 
 
Peter Altmaier, le ministre allemand de l’Économie, est très attaché aux bijoux de famille de l’État. Officiellement, ça a été déclaré. Et bien sûr, ainsi traduite en français, c’est une information qui fait sourire. Mais on l’aura compris, ces bijoux de famille, ce sont d’abord les entreprises, allemandes en l’occurrence, auxquelles on tient, celles qu’on ne veut pas brader, qu’on veut conserver dans le giron de l’État. Et ces fameux « bijoux de famille », eh bien, ils représentent le patrimoine qu’on souhaiterait inaliénable d’une nation. 
 
« Bijoux de famille », l’expression en fait va en fait condenser deux idées. Ça a de la valeur, les bijoux, mais on y tient au-delà de la valeur que ça peut avoir, pour des raisons affectives : on y est attaché parce que c’est bien un symbole d’une richesse ancienne, historique, celle d’un pays peut-être, mais plus encore d’une famille, puisque le mot fait partie de l’expression. Alors, c’est passé de génération en génération et c’est un peu comme un emblème, un blason qui représente l’identité qui survit en se transmettant. Et c’est le garant de la richesse d’une famille qu’on imagine facilement noble, aristocratique. 
 
Alors, qu’est-ce qui peut nous faire sourire là-dedans ? Le fait que, en français familier, on a fini par désigner par cette expression « les bijoux de famille », ce à quoi on tient le plus quand on est un homme : c’est-à-dire les génitoires, c’est-à-dire les testicules et ce qu’il y a  au-dessus, fragiles, vulnérables, précieux. À la fois orgueil, point faible et puis condition incontournable de la transmission des générations. Sans bijoux de famille, pas d’enfants ! On voit à quel point l’amour des bijoux de famille est lié à une idéologie patriarcale, facilement phallocratique, macho comme on le dit de façon un petit peu populaire !
 
Alors, « bijoux de famille » met en avant ce mot de « bijou » qui est étonnant, qu’est-ce que c’est ? Au départ, un objet précieux destiné à ornementer une parure ou même un corps. Généralement associés à des parures féminines, mais pas seulement, les bijoux sont des accessoires qui vont condenser les métaux précieux et les pierres précieuses. Alors, on a des boucles d’oreille, des bracelets, des colliers, parfois des montres et surtout des bagues. Car il semble que ce mot « bijou » vienne de la langue celtique, et désigne au départ une alliance, une bague précieuse. Et il semble qu’il dérive de « biz », qui veut dire « le doigt » en langue gauloise. Bien entendu, les associations grivoises viennent vite et « les bijoux indiscrets » – puisque c’est le titre d’un roman un peu leste de Denis Diderot – eh bien, « les bijoux indiscrets »  désignent le sexe féminin, et on l’a vu, « les bijoux de famille » désignent leur pendant masculin – oui, leur « pendant », on peut le dire vite, voilà ! 
 
Mais sur un mode figuré, et de façon beaucoup plus chaste, un bijou peut désigner un objet petit ou grand, particulièrement ouvragé, travaillé et beau. Et ainsi, on peut dire, par exemple, que le château de Chenonceau, qui est niché au-dessus du Cher, non loin de la vallée de la Loire, est un petit bijou d’architecture renaissante.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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