#Français de l’actualité

Beloved, Tar Baby, Love... Les Romans de Toni Morrison

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

La grande écrivaine américaine Toni Morrison vient de mourir, en nous laissant le souvenir de romans multiples et poignants, ancrés dans la tradition noire américaine, portés par une culture noire qu’elle a enrichie, mais aussi qu’elle a beaucoup aidé à faire connaître, en lui donnant la caution d’une littérature de renommée mondiale. En France, elle n’a vraiment été connue qu’après son prix Pulitzer et la traduction de son roman Beloved en 1989, avec bien sûr le Nobel qu’elle reçoit en 93.

On a souvent remarqué la tendance de ces dernières décennies en France à ne pas traduire les titres de films anglo-saxons et à laisser en anglais. Pour la littérature c’est beaucoup plus rare, mais c’est ce qui est arrivé pour plusieurs romans de Toni Morrison, ce qui est peut-être un indice de leur image très moderne !

Beloved par exemple. C’est un peu particulier puisque dans le roman Beloved est le nom d’un des personnages. Un nom emprunté à une inscription sur la tombe d’un enfant… Mais bien sûr on a en anglais une ambiguïté qui tient à ce que le nom signifie quelque chose : bien-aimée. Et ce que ça évoque quand on n’a pas lu le roman : on ne peut savoir qu’il s’agit d’un nom de personnage !

Il y a d’autres romans dont les titres ne sont pas traduits : jazz est le deuxième volet de la trilogie commencée avec Beloved, mais le mot est bien sûr aussi français qu’anglais. Love par exemple. C’est évidemment un mot anglais, mais il a une notoriété qui dépasse la langue anglaise.

C’est peut-être Tar Baby qui est le plus étonnant. Le titre probablement n’a pas été traduit pour garder de son mystère. En effet ni la signification ni les échos culturels du titre ne sont compréhensibles pour un lecteur francophone. Ce qui, dans une moindre mesure, peut être le cas pour un lecteur anglophone qui n’est pas très au courant de la culture noire américaine. Tar baby, littéralement le bébé de goudron, ou la poupée de goudron.

Mais il y a une allusion à tout un folklore, à un conte populaire noir américain, avec des personnages qu’on retrouve dans de nombreuses traditions, mais qui ont la spécificité de leur origine : le renard rusé, mais qui trouve parfois plus rusé que lui, le lapin naïf, qui parfois l’emporte sur le renard. Tar baby est l’un des contes de l’Oncle Remus, publié à la fin du 19e siècle. Le renard fabrique une poupée enduite de goudron pour piéger le lapin. Le lapin veut s’en emparer, mais le goudron se colle à ses pattes. Et pourtant il parviendra à s’en défaire : à malin, malin et demi… Et cette expression tar baby, dans un américain un peu ancien, a désigné, de façon péjorative un noir. Encore une manière de mettre en perspective toute cette histoire et cette culture à laquelle Toni Morrison a donc contribué à donner une existence et des lettres de noblesse.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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