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Beaubourg et Pompidou

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

On fête en ce moment les 40 ans de Pompidou. Étrange : De qui, de quoi parle-t-on ? Georges Pompidou lui-même est né en 1911. S’il vivait encore, il aurait donc 116 ans. Il ne peut donc s’agir de lui. On le sait, il s’agit de ce gigantesque centre culturel qu’on inaugurait en respirant un parfum de scandale prononcé, en 1977. Pompidou était mort trois auparavant, et l’établissement prenait son nom.

Alors comment le nomme-t-on cet endroit ? Deux appellations se disputent les faveurs du public : Pompidou et Beaubourg. Se répartissent-elles équitablement ? Elles sont différentes et peuvent donner quelque indication sur la personne qui les prononce.

Beaubourg est le plus fréquent. Le mot s’explique : le centre est construit au beau milieu de la capitale, et il borde la rue Beaubourg, non loin du quartier connu comme étant le Marais. Quartier longtemps populaire, qui l’est encore un peu d’ailleurs, même si c’est devenu un endroit à la mode, offrant une grande diversité de restaurants, de lieux de divertissement culturels, de galeries d’art. Au-delà du nom du quartier et de la rue, Beaubourg est devenu la désignation la plus courante de ce gros parallélépipède dont l’audace architecturale avait fait hurler.

En 1977, une polémique ardente accompagne l’inauguration du centre. Construit en verre et en acier au cœur d’un vieux quartier de Paris, à deux pas des anciennes Halles qui ont déménagé dix ans plus tôt, et avant que ne soit construit le Forum qui occupe leur espace aujourd’hui, Beaubourg apparait comme une provocation. Mais ce sont surtout ses tuyaux, apparents, peints de couleurs volontairement vives et même criardes, qui heurtent : cet espèce de bateau moderniste ne peut que se remarquer, ne peut que choquer. Et c’est le scandale Beaubourg ! À l’époque, on ne parle jamais de « Pompidou » pour désigner l’édifice. Aujourd’hui, Beaubourg reste une appellation très courante, et peu précise, même si tout le monde la comprend. Le nom officiel est « Centre national d’art et de culture Gorges-Pompidou ».

Bien sûr, on n’utilise jamais la formule complète, sauf pour des documents officiels. Mais on dit couramment Pompidou. En omettant d’ailleurs le prénom. Ceux qui y travaillent, les artistes qui y exposent, le désignent comme ça. La dénomination a donc un caractère plus professionnel, presque technique, et elle tend à se répandre, et gagne du terrain sur ce « Beaubourg », qui fait décidément un peu province. D’autant que les touristes parlent de « Pompidou », même avec leur accent, lorsqu’ils sont étrangers. En effet, c’est le mot qu’ils lisent dans les guides, qui ne parlent pas de Beaubourg. Et le nom de baptême de cette institution s’explique par l’intérêt et la connaissance que Pompidou avait de l’art moderne et contemporain. Lui, et sa femme d’ailleurs ! Claude Pompidou, peu présente sur le terrain politique, était très intéressée par la création de son temps ; et ce musée, qui est le deuxième plus important au monde, pour l’art contemporain, lui doit sûrement une partie de sa destinée.

On peut remarquer que le sort du prénom, dans ce genre d’emploi, est très aléatoire. Le président de la République, qui exerça entre 1969 et 1974, a laissé son nom à une autre grande institution : l’hôpital Georges Pompidou. La mention du prénom est bien plus fréquente pour l’hôpital que pour le musée.

Et on peut comparer ça au destin toponymique de l’illustre prédécesseur de Pompidou : on ne dit jamais De Gaulle, quelles que soient les institutions auxquelles il a laissé son nom. Bien souvent, c’est le Général de Gaulle (pour les rues ou les avenues en particulier). Mais c’est parfois si on souligne son rôle d’homme d’État autant qu’homme de guerre, Charles de Gaulle : on atterrit à Charles de Gaulle (et plus à Roissy). On change à Charles de Gaulle, dans le métro parisien, et moins souvent à l’Etoile.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensables un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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