#Français de l’actualité

Acquitter

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Laurent Gbagbo acquitté par la Cour Pénale Internationale. Voilà l’une des principales informations qu’on ait apprises depuis vingt-quatre heures. Et le sens de la phrase est très clair : cela signifie que Gbagbo n’a pas été reconnu coupable des chefs d’accusation qui le visaient. Et le mot appartient bien au vocabulaire juridique. Cette signification du mot est très courante, mais assez curieusement, elle est récente : pas même deux cents ans. Et avant ? Et bien le mot existe déjà avec un sens différent, et qu’il a gardé, un sens financier : on s’acquitte d’une dette quand on la paye. On a donc l’idée de se délier d’une obligation, de se libérer par rapport à quelqu’un. Il en reste d’ailleurs des traces dans certaines formules officielles ou administratives par exemple : pour acquit écrit-on parfois au bas d’une facture. Cela prouve que la facture a été payée, qu’on ne peut plus en demander, que la créance est réglée. Et lorsque vous payez votre loyer, on vous donne une quittance. Et à partir de là, le verbe acquitter peut recevoir quelques sens dérivés ; on s’acquitte de ses tâches, de ses devoirs, quand on les fait. Avec toujours cette idée que si on s’est acquitté de ce qu’on avait à faire, on peut marcher la tête haute : on ne doit plus rien ; on n’est pas en faute.

Un autre mot de la même famille a un usage un peu différent : on est quittes. Ce qui peut se dire bien sûr pour une dette, pour de l’argent. Mais plus souvent pour des raisons plus abstraites : il s’agit fréquemment de services rendus, et de dette morale. Si quelqu’un vous aide, vous soutient, vous tire d’affaire dans une période où votre vie vacille, vous lui devez de la gratitude, de la reconnaissance. Mais s’il arrive qu’ensuite, ce soit vous qui lui rendiez la pareille, et qui le secouriez lorsqu’il en a besoin, il pourra vous dire : « Nous sommes quittes, tu m’as rendu le bien que je t’avais fait ». Et parfois, ironiquement, on peut le dire dans une situation inverse : tu m’as fait un sale coup. Je te le rends. Et nous sommes quittes.

On comprend donc pourquoi le verbe quitter est également de cette famille-là ! Quitter, c’est partir sans fil à la patte, sans qu’on puisse vous retenir par une obligation. Alors le verbe a pris un sens tout à fait concret : on quitte son domicile lorsqu’on s’en va. (Et ce peut être très temporaire : j’ai quitté la maison à 9 heures, et je suis rentré à midi.) Mais on peut également quitter une mauvaise habitude, lorsqu’on s’en débarrasse, qu’on coupe les liens. Et enfin le mot a un emploi lié aux relations amoureuses : quitter quelqu’un c’est rompre une relation. Et ça peut être tout à fait unilatéral, et non pas d’un commun accord : dans un couple, une personne peut quitter l’autre même si l’autre n’est pas d’accord.

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