L'Argentine devient une des rares nations latino-américaines à autoriser l'IVG.
L'Argentine devient une des rares nations latino-américaines à autoriser l'IVG.
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La légalisation de l’avortement en Argentine: un « pilier de la démocratie en Amérique latine »

Dario Rodriguez est d’origine argentine et maître de conférence en civilisation latino-américaine à l’Université de la Sorbonne. Pour lui, la légalisation de l’IVG en Argentine est bien plus encore que le triomphe des militantes des droits des femmes.
Por Stefanie Schüler -

RFI : Que représente la légalisation de l'avortement en Argentine? 

Dario Rodriguez : La légalisation de l’avortement en Argentine représente évidemment une victoire très importante pour le mouvement féministe, mais aussi plus largement pour la société argentine. La reconnaissance du droit à l’avortement est la consolidation de l’État de droit parce que cette loi habilite les femmes à décider de leur corps.

La question de l’avortement a suscité une très forte polarisation de la société argentine. Le vote en faveur de sa légalisation, au delà des affiliations partisanes, va-t-il pouvoir apaiser ces tensions ?

Vous savez, le clivage lié à des questions qui renvoient à des croyances personnelles et religieuses, c’est toujours un clivage d’une rare intensité. Mais maintenant que la loi est adoptée la thématique ne figurera plus dans l’agenda. Je ne crois pas que la légalisation de l’IVG en soit permette de régler les tensions suscitées dans la société mais le conflit sera mis en quelque sorte de côté. Surtout si on tient compte, et c’est un point intéressant à analyser, que la loi sur l’avortement a été soutenue par une majorité assez large qui va bien au-delà des soutiens du gouvernement. 

Puisque vous parlez du gouvernement : contrairement à son prédécesseur Mauricio Macri, le président argentin Alberto Fernandez s’est impliqué personnellement dans le débat et en faveur de l’IVG. Est-ce que cet engagement présidentiel a pesé sur le résultat, selon vous ? 

Oui, il a sûrement pesé. Il y avait des sénateurs du parti socialiste qui étaient jusqu’à la dernière minute plutôt hésitants (d’apporter leur soutien à la loi, ndlr). Donc, d’une certaine manière la prise de position du président a dû peser. Je crois aussi que l’adoption de cette loi est importante pour le gouvernement qui traverse une période compliquée, notamment avec sa gestion de la crise économique toujours très importante en Argentine. Donc la conquête (de la reconnaissance du droit à l’avortement, ndlr) permet au président Alberto Fernandez de s’affirmer comme un leader dans un imaginaire plus progressiste, social-démocrate de la région.

En Amérique latine, ces dernières années, c’est avant tout le camp anti-avortement qui a donné de la voix. Plusieurs pays ont restreint l’accès à l’IVG par des lois très restrictives. Est-ce que la légalisation de l’avortement en Argentine va servir d’exemple pour le reste du continent ?

En effet il y a eu ces dernières années une réponse conservatrice, une réaction défensive face au virage à gauche du continent qui a été une période importante en termes de reconnaissance des minorités, y compris des minorités sexuelles. Nous avons pu observer cette réaction conservatrice avec l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro au Brésil par exemple mais aussi avec différents gouvernements en Amérique centrale. Il est difficile de prévoir ce qui se passera maintenant que l’Argentine a légalisé l’avortement jusqu’à la 14e semaine de grossesse. Mais dans le monde d’aujourd’hui dans lequel la réalité est devenue si interdépendante, le vote en Argentine représente en effet un espoir étant donné l’importance stratégique, géopolitique et historique de l’Argentine au sein du continent latino-américain. Donc j’espère que cette légalisation génère l’espoir des mouvements féministes dans d’autres pays de la région. Parce que le droit à l’avortement, et j’insiste sur ce point, représente l’un des piliers de la démocratie en Amérique latine.

 

Publicado el 07/01/2021 - Modificado el 07/01/2021

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