Un manifestant arborant une pancarte durant la journée de protestation contre les violences faites aux femmes, à Paris, le 23 novembre.
Un manifestant arborant une pancarte durant la journée de protestation contre les violences faites aux femmes, à Paris, le 23 novembre.
Dominique Faget / AFP
Artículo

«Grenelle» des violences conjugales: le gouvernement présente ses mesures

Le gouvernement français annonce lors de la clôture du « Grenelle » des violences conjugales, une série de mesures pour lutter contre les violences faites aux femmes. Ces mesures sont destinées à protéger les victimes, leurs enfants et mettre un terme à la liste des féminicides, qui ne cesse de s'allonger.
Por RFI -

Avec notre envoyée spéciale à Matignon, Anna Piekarec

Pour marquer l'importance de l'événement, ce 25 novembre, journée internationale contre les violences à l'encontre des femmes, Edouard Philippe est entouré de douze de ses ministres. Le Premier ministre dévoile l’ensemble du dispositif prévu pour lutter contre les violences conjugales. À l’ouverture du « Grenelle » début septembre, il avait déjà annoncé dix mesures d’urgence, dont la création de 1 000 places d’hébergement pour les femmes victimes ou encore la suppression de l’autorité parentale du père violent.

►À lire aussi : Emmanuel Macron très attendu sur la question des violences faites aux femmes

« C’est une initiative importante parce que ça a contribué déjà à faire connaître le sujet, à lui donner une dimension nationale, constate le docteur Ghada Hatem, directrice de la maison des femmes de Saint-Denis, qui a participé à deux de ces groupes du « Grenelle ». Il y a eu des groupes de travail dans toute la France. Je ne dis pas que la solution magique va sortir du « Grenelle » comme un lapin d’un chapeau. Mais au moins, c’est peut-être la première fois que tous les éléments de la chaîne sont questionnés dans un groupe de travail. »

Aujourd’hui, on s’attend à une quarantaine de nouvelles mesures. Certaines sont déjà connues. Le gouvernement a en effet choisi de les annoncer au compte-gouttes. Ainsi les armes à feu des conjoints violents pourraient être confisquées dès que leur femme porte plainte, l’arme à feu étant responsable de près d’un tiers des féminicides.

Meilleure formation des forces de l’ordre

Les violences psychologiques, en particulier celles qui poussent la femme à se suicider, devraient être inscrites dans la loi. Les forces de l’ordre qui accueillent les femmes victimes dans les commissariats seront mieux formées et elles auront à leur disposition une grille d’évaluation pour repérer les signaux d’alerte.

Enfin, il y a une mesure importante pour les agresseurs. Afin de prévenir la récidive, l’exécutif veut créer deux centres où ils seront pris en charge. Du côté des associations, on espère toujours que cette lutte contre les violences conjugales sera accompagnée par des moyens financiers supplémentaires. Pas sûr toutefois qu’elles soient entendues sur ce point.

« Tout est urgent, poursuit le docteur Ghada Hatem. Il faut à la fois soigner ces femmes, les protéger, donc hébergement, qu’elles puissent porter plainte, donc police, que la justice soit rendue, donc avocats, magistrats, juges, que les enfants soient protégés. Tout est important. On ne peut pas résoudre un seul sujet parce que c’est une chaîne et si un maillon de cette chaîne est défaillant, toute la chaîne est fragile. Donc, il faut penser toute la chaîne ».

Question de l'autorité parentale

Comme de nombreuses autres ONG, la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF) a fait part de ses doléances. Elle gère notamment la plateforme d'écoute téléphonique du « 39 19 », qui a vu son nombre d'appels doubler depuis la campagne de communication de septembre.

« Nous avons fait des propositions, rapporte Françoise Brié, sa présidente. « Il y a par exemple la question de l’autorité parentale, c’est-à-dire comment on va éviter les violences post-séparation à travers les enfants, à travers la résidence des enfants. Par exemple, comment une femme à travers l’exercice de l’autorité parentale exclusive pour elle va éviter d’avoir à demander sans cesse à son agresseur l’autorisation de, faire suivre son enfant par un psychologue… Ce sont des éléments très concrets qui vont aussi, après la séparation, permettre aux femmes d’être mieux protégées, sécurisées, ainsi que leurs enfants. »

Depuis le 1er janvier 2019, 137 cas de féminicides ont déjà été répertoriés en France, sans compter le nombre de femmes qui subissent les violences quotidiennes de leur mari ou compagnon.

signe plus

 Un grand cri s'élève de la foule...

[Reportage] À Bruxelles, les femmes s'élèvent contre les violences conjugales
Le 25/11/2019 - par Laxmi Lota

► Qui sont les hommes violents ?

Immaturité psychique, incapacité à exprimer et à gérer les émotions, carences affectives, éducation machiste. Les spécialistes tentent de définir le profil des hommes violents.

« On a un premier groupe qu’on commence à connaître un petit peu qu’on appelle les pervers narcissiques qui sont très préoccupés d’eux-mêmes et qui veulent le pouvoir sur l’autre, et donc qui détruisent à l’intérieur de la famille les composants de la famille, à l’abri de tout regard, constate la psychiatre Aurore Sabouraud-Seguin. Puis il y a des hommes dans des situations sociales difficiles, sous l’emprise de l’alcool. L’alcool et la drogue sont deux facteurs extrêmement importants de la violence, et même du  ».

Soigner les hommes

Peut-on prendre le problème à la racine et soigner ces hommes et éviter ainsi la récidive ? « Les hommes pervers narcissiques ne demandent pas à être soignés. Donc, on ne peut pas les récupérer, constate la psychiatre. Par contre, je vois ceux qui ont des comportements violents, c’est-à-dire à un moment de frustration, à un moment, ils sont passés à l’acte violent. S’ils le regrettent, s’ils en ont honte, s’ils ont compris que c’était quelque chose d’inacceptable, quelquefois ils acceptent de faire une thérapie. Si on veut changer, on peut.  »

Des structures et des dispositifs qui aident les hommes violents existent : groupes de parole, stages de responsabilisation, suivis psychologiques. Mais en France, ils sont encore rares.

►À lire aussi : [INFOGRAPHIE] Les chiffres alarmants des violences faites aux femmes

Publicado el 25/11/2019 - Modificado el 25/11/2019

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias