Crâne d'un multituberculé
Crâne d'un multituberculé.
Nobu Tamura
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Les petits mammifères préhistoriques ont prospéré grâce à leurs dents

Selon une étude publiée par la revue britannique Nature, c'est en perfectionnant sans cesse leurs dents pour mieux se nourrir de plantes que des petits mammifères préhistoriques similaires aux rongeurs actuels, les multituberculés, ont commencé à prospérer bien avant la disparition des dinosaures.
Por Dominique Raizon -

Les paléontologues émettaient jusqu'à présent l'hypothèse que l'extinction massive des dinosaures avait libéré des niches écologiques dont auraient bénéficié les mammifères, et favorisé ainsi leur évolution. En fait une étude minutieuse des mâchoires de petits mammifères gros comme des souris, oriente la recherche autrement.

Plus précisément, l'étude révèle que c'est en développant et en multipliant les bosses (ou « tubercules ») situées à la surface de leurs molaires que les différentes espèces de multituberculés auraient si bien réussi : leurs dents leur auraient permis au fil de l'évolution de s'adapter et se nourrir essentiellement des plantes à fleurs qui commençaient à se généraliser à la surface de notre planète. Nourriture diversifiée, évolution différenciée : au moins un ordre de mammifères aurait donc commencé à se diversifier voici 20 millions d'années avant la disparition des dinosaures, à la fin du Crétacé, en leur survivant  bien longtemps.

Une structure dentaire complexe

Les recherches dirigées par Gregory Wilson, paléontologue à l'Université de Washington à Seattle (États-Unis), montrent que la dentition en constante évolution, a influencé la nourriture de ces mammifères et ce faisant, modifié leur taille. À l'origine, la mâchoire des multituberculés était incapable de mouvement latéral et ces petits mammifères mâchaient en frottant leurs dents d'avant en arrière, d'où l'intérêt pour eux de multiplier les aspérités de leurs molaires pour mieux broyer les végétaux.

Sébastien Steyer, paléontologue au MNHN (00:38)

Mais, en modélisant en 3D les dents de 41 espèces de multituberculés, Gregory Wilson et son équipe ont conclu que plus ces espèces se diversifiaient et évoluaient, plus elles avaient tendance à développer des « bosses » sur les molaires, au détriment de leurs prémolaires tranchantes, qui devenaient de moins en moins proéminentes au fil du temps. Alors que les carnivores ont une structure dentaire assez simple, comptant environ 110 « bosses » par rangée de dents, celle des multituberculés est devenue de plus en plus complexe -certaines espèces ayant affiché jusqu'à 348 bosses par rangée de dents-, souligne le chercheur.

  • Il y a quelque 170 millions d'années, les mammifères primitifs (multituberculés) n'auraient été que des petites créatures nocturnes et insectivores, sous pression constante de terribles prédateurs reptiliens.
  • Puis, les plantes à fleurs ont commencé à apparaître sur Terre (il y a 140 millions d'années) et ces petits animaux de seulement quelques grammes se sont mis à grandir, certaines espèces ayant atteint la taille d'un castor pesant 5 kg.
  • Plus tard, d'autres types de mammifères, comme les primates ou les ongulés, se sont adaptés eux aussi pour consommer davantage de végétaux. Mais au lieu de multiplier les aspérités sur leurs molaires, ils ont développé des prémolaires plus complexes dotées de davantage de bosses, indique également l'étude.

Après l'extinction des dinosaures, primates, ongulés et rongeurs ont fini par prendre le dessus sur les multituberculés : moins compétitifs que leurs concurrents, ces derniers se sont à leur tour éteints voici quelque 34 millions d'années

Publicado el 24/11/2015 - Modificado el 24/11/2015

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