Hynerpeton
Illustration d'un hynerpeton.
Alain Bénéteau
Artículo

170 MA avant les dinosaures, d'autres animaux

Jean-Sébastien Steyer, paléontologue au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris et au Centre national de recherche scientifique (CNRS), parcourt régulièrement le globe à la recherche de nouveaux fossiles. Auteur de « La Terre avant les dinosaures », paru aux éditions Belin. Pour la science, il invite le lecteur à remonter le temps, il y a environ 370 millions d’années. Cet ouvrage, remarquablement illustré par Alain Bénéteau, bat en brèches les idées trop reçues et martèle que « la sortie des eaux n’est ni un exploit ni une réussite » et « qu'un cheval n’est pas plus évolué qu’un saumon ! »
Por Dominique Raizon -

Les dinosaures n’ont que deux cent vingt à soixante cinq millions d’années. Les animaux dont parlent Jean-Sébastien Steyer sont, eux, beaucoup plus vieux puisque « leur règne a commencé alors que les vertébrés à pattes font leur apparition. Ce voyage se termine près de 200 millions d’années plus tard, au moment où les dinosaures prennent leur essor. Entre temps, il aura vu les premiers vertébrés sortir de l’eau et croiser la route d’animaux plus étonnants les uns que les autres. »

Ainsi Coelurosauravus, le plus ancien vertébré volant au monde : l’animal, qui pourrait ressembler à une raie, se distinguait déjà au Permien inférieur, avec une morphologie unique chez les tétrapodes. Ses « flancs bordés de longues baguettes osseuses d’origine dermique, de chaque côté du corps, devaient soutenir deux membranes alaires souples permettant sans doute à l’animal, sautant de branches en branches, de planer sur de longues distances à la manière d’un deltaplane ou d’un parapente. »

Les poules sont des dinosaures à plumes.

Sébastien Steyer, Paléontoloque au MNHN de Paris (00:38)

Doit-on considérer que ces animaux sont les ancêtres des dinosaures ? « Non », répond très clairement Sébastien Steyer, qui rappelle qu’un organisme est « une entité biologique porteuse d’une combinaison de caractères -entre autres morphologiques- et qu’en aucun cas il représente un quelconque stade d’évolution intermédiaire ».

L'évolution est un buisson très complexe et très ramifié et les fossiles ne sont pas un chaînon manquant.

Sébastien Steyer (00:23)

L’évolution ne se fait pas en ligne droite de la bactérie à l’homme et bien avant l'apparition des dinosaures qui ont colonisé tous les continents, un groupe très diversifié de vertébrés, munis de membres dotés de doigts, vivaient dans l’eau et/ou sur la terre ferme.

Longtemps on a pensé que les tétrapodes avaient « réussi la sortie des eaux » mais, rectifie le scientifique, les deltas et les estuaires de la planète ont gardé en mémoire des formes d’organismes vieilles de 370 millions d’années « à la morphologie et au mode de vie très varié », apportant une preuve de « l’incroyable diversité des premiers tétrapodes ».

Grâce à la recherche, on s'est aperçu que certains poissons étaient dotés des attributs des tétrapodes.

Sébastien Steyer (00:50)

Prenant le parti de rester fidèle au vocabulaire ardu de spécialiste, le paléontologue familiarise son lecteur en l’interpellant : « Combien de doigts au maximum une main ou un pied peuvent-ils porter ? demande-t-il, faisant aussitôt remarquer qu’il serait « difficile et pas très commode, sauf peut-être pour jouer au piano, de nous imaginer avec 15 doigts à chaque main… » Le paléontologue explique que : « Ce n’est pas parce que l’homme, un animal terrestre, c’est assez clair, marche avec ses membres chiridiens (dotés de doigts que la fonction première du membre chiridien au cours de l’évolution fut la marche. »

Os, peau, texture… «Tout est passé au crible par le paléontologue et rien n’est laissé au hasard, (…) pour cerner au plus près la morphologie, la physiologie et même l’écologie d’un organisme fossile, aussi fragmentaire soit-il » assure l’auteur de cette étude qui, et non sans humour, explique que baleine, perroquet, chèvre ou humain, sont tous des tétrapodes même si… « entre une patte de souris, un membre antérieur d’homme, de cheval, de poulet ou de manchot, il est des différences qui sautent aux yeux ! »

Par anthropocentrisme, on a tendance à penser que les pattes sont apparues pour servir sur la terre ferme mais c'est oublier qu'elles avaient déjà, bien avant, une fonction dans l'eau !

Sébastien Steyer (01:42)

« Sans terrain, pas de fossiles, et sans fossiles, pas de paléontologues !  », souligne le « Sherlock Holmes de l'histoire de la vie ». Et, sans fossile, impossible également de restituer au plus près de la réalité ce à quoi pouvait bien ressembler ce monde aujourd’hui enfoui.

Ainsi, Alain Bénéteau, illustrateur spécialisé en paléontologie, travaille au plus près avec le chercheur pour apporter sa pierre à l’ouvrage et offrir une illustration qui, si elle est « imaginaire », n’en est pas moins « vraisemblable. »

L'auteur fait le gros du travail scientifique de reconstitution et cela me sert de base pour proposer des croquis de l'animal en chair et sous tous les angles !

Alain Bénéteau, illustrateur spécialisé en paléontologie (02:31)

Pour en savoir plus :

- La Terre avant les dinosaures, éditions Belin, Pour la science
- Alain Bénéteau qui invite à visiter la galerie d'animaux Paléospot.com

Publicado el 24/11/2015 - Modificado el 24/11/2015

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