Nicolas Gaudin: «Si on appliquait ce que l’on sait déjà, on pourrait éviter jusqu’à 50% des cas de cancer»
Jean-Pierre Clatot/AFP
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Nicolas Gaudin: «Si on appliquait ce que l’on sait déjà, on pourrait éviter jusqu’à 50% des cas de cancer»

La Journée mondiale de lutte contre le cancer a lieu chaque année le 4 février. Le Centre international de recherche de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de publier un rapport, un état des lieux de la maladie dans le monde. En 2012, 14 millions de cas ont été recensés et les projections laissent entrevoir une extension du cancer, notamment dans les pays en développement. Nicolas Gaudin, directeur de la communication au Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) à l’OMS apporte un éclairage sur ce document.
Por Caroline Paré -

RFI : Pourquoi le nombre de cancers augmente-t-il dans les régions les moins riches du monde ?

Nicolas Gaudin : À cela, deux raisons principales. La première c’est l’accroissement et le vieillissement de la population dans le monde qui se généralisent. Deuxièmement, c’est le fait que les pays les moins développés, notamment, font face à une sorte de double défi : d’une part le fardeau de maladies transmissibles et d’autre part celui de maladies cancéreuses liées aux infections. [Tout cela] est assez lourd à gérer pour des économies en général en difficulté.

Précisément vous distinguez ces deux types de cancer : ceux d’origine infectieuse et les autres qui sont plutôt liés à l’environnement ?

L’origine infectieuse chez nous s’appelle aussi l’environnement. Ceci étant dit, il y a des moyens qui nous font espérer un petit peu : il est possible de faire jouer la prévention dans certains cas, notamment pour des cancers extrêmement répandus dans le Sud comme le cancer du col de l’utérus, contre lequel on dispose d’un vaccin, puisque ce cancer est provoqué par un virus, le virus du papillome humain. Et puisque nous avons des moyens de dépistage et maintenant un vaccin, il est possible d’agir par la prévention pour éliminer - en tout cas à un horizon prévisible - un grand nombre de ces cancers qui sont non seulement invalidants mais terribles pour les familles, et aussi pour les économies naturellement.

Justement si on parle économie et argent, on voit que ce vaccin par exemple en France coûte très cher. Comment des économies de pays du Sud pourraient le financer ?

Soit par des accords avec des [groupes] pharmaceutiques, soit par un volontarisme de ces mêmes compagnies je suppose. Nous n’entrons pas, nous, dans ce genre de débat mais la discussion est ouverte pour faire en sorte qu’au niveau politique, on prenne conscience qu’il y a quelque chose à faire. Et donc mettre à la disposition du plus grand nombre - c’est le cas pour un certain nombre de pays -, des vaccins pour non seulement le cancer du col de l’utérus mais aussi le vaccin contre l’hépatite B - l’hépatite B provoque le cancer du foie. On peut agir grâce à des vaccins pour réduire ce fardeau de cancer qui est terrible dans les économies les plus défavorisées.

Regardons au Nord. Ce matin, un plan cancer a été dévoilé en France avec un certain nombre de mesures rendues publiques. Est-ce qu’il y a des équivalents dans d’autres pays d’Europe par exemple ?

Très franchement, nous ne nous intéressons pas uniquement à l’Europe. Bien sûr, il y a d’autres plans cancers dans d’autres pays. Les plus anciens viennent des États-Unis. Je pense à la guerre contre le cancer lancée par le président Nixon en 1971.

Ce qu’il faut bien voir aujourd’hui, c’est qu’un certain nombre de cancers explosent dans nos économies mais aussi dans le monde également. On a une cartographie des cancers - et c’est ça que notre centre s’attache à faire : chez les hommes, on voit dans trois pays du monde que la prostate est le premier cancer chez les hommes, le poumon est le premier dans 41 pays du monde ; et pour les femmes, le cancer du sein, sur 194 pays de l’ONU, est le premier cancer chez les femmes dans 142 pays. Cela représente quand même des chiffres absolument énormes : on projette que le nombre de nouveaux cancers par an en 2025 atteindra un peu plus de 19 millions.

Et dans quel type de maladie précisément, la prévention peut-elle se révéler la plus efficace ?

La [maladie] la plus évidente si on pense à nos économies […] c’est le cancer du poumon, lié au tabac. C’est évidemment le premier cancérogène environnemental que l’on pourrait éliminer sans problème. Si on appliquait ce que l’on sait déjà sur les cancérogènes environnementaux et les cancérogènes professionnels, on pourrait éviter jusqu’à 50% des cas de cancer dans le monde. C’est quand même gigantesque.

 ■ Pour poursuivre :

Le troisième plan français contre le cancer intervient alors qu’un nouveau rapport mondial vient de paraître sur l’état de la maladie à travers la planète. Et le bilan est mauvais, le cancer continuant sa progression, avec 22 millions de nouveaux cas attendus à l’horizon 2030 contre 14 millions en 2012. Les décès seraient aussi en augmentation : 13 millions en 2030 contre 8,2 millions en 2012.

Réalisé avec le concours de 250 experts, le World Cancer Report 2014 expose sur près de 600 pages, les dernières données disponibles.

 → À (RE)CONSULTER : le site du Centre international de recherche de l’Organisation mondiale de la santé
 

Publicado el 25/01/2016 - Modificado el 12/10/2018

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