Cancer: deux ans après le diagnostic, comment vit-on ?
La dégradation de la qualité de vie est liée à la localisation d'un cancer.
Keith Brofsky / Getty
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Cancer: deux ans après le diagnostic, comment vit-on ?

Comment vit-on deux ans après s’être fait diagnostiquer un cancer ? Trois millions de personnes sont concernées en France, où 350 000 nouveaux cas sont décelés chaque année. Après l’annonce, le traitement, les effets secondaires, les risques de rechute peuvent durer des années. L’Institut national du cancer (Inca), en partenariat avec l’Inserm, a publié le 10 juin 2014 une vaste étude baptisée Vican 2, sur les conditions de vie des malades. Près de 4500 d’entre eux, atteints depuis 2010, ont été interrogés. Et le premier enseignement de cette étude, c’est que la maladie aggrave les inégalités.
Por Camille Laurent -

À propos du cancer, le professeur Jean-Paul Moatti, de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), parle de « la maladie la plus inégalitaire ». Ces inégalités sont liées au type de cancer, mais aussi au sexe et au niveau d'études. Elles apparaissent dès que la maladie se déclare. Les personnes âgées ou celles vivant à la campagne sont ainsi diagnostiquées plus tardivement. Or, de la précocité du diagnostic dépendent les chances de survie et la qualité de vie après la maladie.

Par ailleurs, 20% des personnes sondées, en particulier des femmes, jugent encore « brutale » la façon dont on leur annonce leur cancer, malgré les progrès réalisés. En effet, l’annonce du diagnostic dans les meilleures conditions possibles était une priorité des deux premiers plans cancer, conduits entre 2003 et 2014. Un dispositif standardisé est désormais prévu, spécifiant que l’annonce de la maladie doit être faite en face à face par un médecin. Consultez l'étude sur le site de l'Inca

Des cancers plus faciles à vivre que d’autres

La dégradation de la qualité de vie est, elle, davantage liée à la localisation du cancer. Elle est plus importante pour un cancer du poumon ou du sein que pour un cancer de la prostate. Les symptômes, comme la fatigue ou la douleur, sont aussi très variables selon le type de cancer. 30% des personnes atteintes d’un cancer de la prostate ou d’un cancer de la peau se déclarent fatigués, contre 70% des patients ayant une tumeur au poumon ou au sein.

Le cancer a aussi un impact sur la vie professionnelle et personnelle

La maladie affecte aussi l'emploi. Huit personnes sur dix travaillaient au moment du diagnostic. Deux ans après, elles ne sont plus que six sur dix. Les jeunes et les moins diplômés sont les plus pénalisés. Les inégalités se creusent également selon le degré de gravité du cancer. Ainsi, quand le pronostic initial est mauvais, deux ans après, le taux de maintien en emploi tombe à 48% pour les cadres et à 28% pour les ouvriers et les employés. Dans le monde du travail notamment, le cancer peut également constituer un malaise, voire un tabou. 10% des personnes, majoritairement des femmes, déclarent avoir fait l’objet d’attitudes de rejet ou de discrimination.

Sur le plan personnel, les couples restent ensemble, mais leur sexualité se dégrade. Plus de 80% des hommes et près de 70% des femmes vivent toujours avec la même personne deux ans après le diagnostic. En revanche, plus de la moitié des patients pointent une baisse de leur libido, voire sa disparition pour 22% d'entre eux. Les difficultés sont d’autant plus profondes quand la tumeur touche une zone génitale comme la prostate ou le col de l’utérus.

Les femmes et les jeunes sont, là encore, les premiers concernés, notamment parce qu’ils sont moins bien informés. La sexualité est très peu abordée avec l’équipe médicale. Lorsque la question est posée, ce n’est à l’initiative du personnel que pour 18% des hommes et 4% des femmes.

La lutte contre les inégalités, souvent préexistantes, mais renforcées par la maladie, est l’une des ambitions du troisième plan cancer pour la période 2014-2018, présenté en février dernier par François Hollande.

Publicado el 04/05/2016 - Modificado el 04/05/2016

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