Une rue déserte de la ville jumelée de Khartoum, Omdurman, le premier jour d'une campagne de désobéissance civile au Soudan, le 9 juin 2019.
Une rue déserte de la ville jumelée de Khartoum, Omdurman, le premier jour d'une campagne de désobéissance civile au Soudan, le 9 juin 2019.
AFP
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[Reportage] Soudan: un premier jour de « désobéissance civile » meurtrier

Au Soudan, après le massacre du sit-in il y a quasiment une semaine, la coalition civile a organisé dimanche une campagne nationale de « désobéissance civile ». Une action lancée par l’Association des professionnels qui accuse les putschistes au pouvoir d’être responsables du bain de sang du 3 juin et de la répression qui s’est poursuivie les jours suivants. Pour protester, les leaders ont appelé à la grève et à la reprise des barricades. Des violences avec les forces de l’ordre ont fait au moins quatre morts.
Por RFI -

L’Association des professionnels parle d’un succès et demande aux Soudanais de poursuivre le mouvement. Difficile de nier l’évidence. Khartoum était une ville fantôme avec des transports quasi inopérants, un trafic très faible et l’essentiel des magasins fermés.

Les boutiques d’alimentation type supermarchés ou encore boulangeries, étaient en partie ouvertes pour permettre aux gens de s’approvisionner.

Dans plusieurs quartiers, des barricades ont été érigées pour limiter la circulation ou encore empêcher les véhicules des forces de sécurité de se déplacer. Les auteurs des barrages ont été réprimés, tantôt par les FSR, principaux auteurs de la tuerie du 3 juin, mais aussi la police, pourtant en retrait depuis le début de la répression.

Les forces de sécurité sont même allées jusqu’à tirer alors qu’on enterrait une des victimes dans le quartier de Bahri, ce qui a fortement choqué la communauté.

Même si le mouvement est essentiellement pacifiste, on commence à voir émerger des propos plus violents parmi les civils. Certains n’hésitent plus à appeler à la résistance armée. Une dérive encore marginale, mais très préoccupante qui fait craindre une guerre civile.

L’Association des professionnels espère que la campagne durera jusqu’à ce que les militaires cèdent le pouvoir aux civils. L’APS a demandé aux institutions financières internationales de couper les liens avec le régime, et souhaite davantage de soutien international pour éviter un nouveau bain de sang.

L’ONU doit prochainement envoyer une équipe pour enquêter sur les accusations de violations des droits de l’homme.

Les propriétaires nous ont demandé de travailler, car les gens ont besoin de manger. Sinon, ils n’auront plus rien. En plus, je vis dans la boulangerie...
Quelques supermarchés ont ouvert également. Iman Tahab étudiante, a séché les cours. Elle est venue approvisionner sa famille..."

Reportage à Khartoum
10-06-2019 - Par RFI

 

Reportage dans le quartier de Bahri

Les habitants de Bahri remontent une de leurs barricades avec prudence. À la moindre alerte, ils sont prêts à décamper, notamment car ce matin un jeune a été abattu. Fayçal Mohamed a vu la scène : « Les gens ont commencé les barricades hier en prévision de la journée. À 5h, ils sont sortis vérifier l’état des barrages. Les habitants étaient pacifiques, sans armes. La police est arrivée et a tiré. Pas en l’air, elle nous visait. Je me sens très triste. La police est censée nous protéger, pas nous tirer dessus ».

Soudain, un groupe de gens passe devant le barrage. Ils transportent Al Aangareb, le lit familial dans lequel le corps du défunt est transporté au cimetière. Dans le cortège, on sent beaucoup de colère. Certains comme Sarig Ali Sarig, tiennent d’ailleurs des propos très inquiétants : « On se fait abattre comme des moutons. Il faut qu’on nous donne des armes. On est des hommes, on peut les tuer. On est tous capables de tenir une arme. On se ment à nous-mêmes. Les politiciens nous mentent. Le combat est trop déséquilibré. »

Mais tout le monde n’est pas d’accord. Certains jugent ces paroles extrémistes. Yousouf Zakary Ahmed est un Soudano-Syrien. Il sait de quoi il parle. « J’ai vécu en Syrie jusqu’en 2013, dit-il. Il n’y a pas de sécurité. Vous ne pouvez aller nulle part. Vos enfants ne vont pas à l’école. Il n’y a pas de nourriture. La violence n’est pas la solution. Ce qu’il faut, c’est une pression internationale. »

Les civils tentés par la violence sont encore rares. Mais si la répression continue et que l’économie poursuit sa déliquescence, le Soudan pourrait tomber dans une spirale hors de contrôle.

Publicado el 12/06/2019 - Modificado el 12/06/2019

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