Brazzaville, le 15 août 1960. Le ministre de la Culture André Malraux (G), l'abbé Fulbert Youlou (C) et le colonel Daboval (D) lors de la cérémonie de l'indépendance du Congo-Brazzaville.
Brazzaville, le 15 août 1960. Le ministre de la Culture André Malraux (G), l'abbé Fulbert Youlou (C) et le colonel Daboval (D) lors de la cérémonie de l'indépendance du Congo-Brazzaville.
AFP
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Que s'est-il passé le 15 août 1960, jour de l'indépendance du Congo-Brazzaville ?

Ce 15 août 1960 est l'une des journées les plus longues du périple entamé en Afrique centrale par le ministre français des Affaires culturelles, André Malraux, qui formalise le passage à l'indépendance des anciennes colonies. Brazzaville reste une ville symbole de la France Libre du général de Gaulle et de la marche vers l'indépendance.
Por RFI -

Après le Tchad, après la République centrafricaine, c'est aujourd'hui la république du Congo qui s'apprête à accéder à l'indépendance.
Un reportage de Jean-Pierre David, rédacteur en chef de Radio Brazzaville, le 14 août 1960.

Le  dimanche 15 août 1960, jour de l'indépendance de la République du Congo, est une « fête de famille », avertit l'abbé Fulbert Youlou. Les cérémonies sont réduites à leur plus simple expression pour des raisons « économiques ».  Les fastes sont renvoyés à plus tard*.

C'est à minuit, dans les jardins de la résidence du haut commissaire qu'ont lieu les premiers discours, celui d'André Malraux, ministre des Affaires culturelles et représentant spécial du général de Gaulle, et celui de l'abbé Fulbert Youlou, qui souligne : « Notre accession à l'indépendance se réalise dans la paix et l'unité, en complet accord avec la France à laquelle nous adressons notre gratitude et notre affection ». Il rend ensuite un hommage appuyé au chef de l'État français : « Dans cette heure historique, nos pensées se tournent vers le général de Gaulle, l'homme de Brazzaville, le glorieux artisan de notre liberté et notre indépendance ». Le canon tire 101 coups, et dans la ville « résonnent les tam tam de la fête »,  rapportent les journalistes témoins. André Malraux passe la nuit à la « Case De Gaulle ».

À 8h, l'abbé Fulbert Youlou, accompagné du ministre André Malraux, participe en la basilique Sainte-Anne de Brazzaville à la messe célébrée par Mgr Michel Bernard, l'archevêque du Congo.

La cérémonie officielle se déroule ensuite au centre-ville de Brazzaville où tous les officiels congolais ainsi qu'une foule nombreuse sont massés.

La première allocution est prononcée par l'envoyé du général de Gaulle qui, dans une envolée lyrique stylée, déclare: « Cette nuit a retenti la salve solennelle qui salue l'indépendance des peuples et qui retentira dans la mémoire de vos enfants, comme celles qui saluaient jadis la naissance des rois... » Puis André Malraux poursuit : « La France vous lègue des organisations économiques, administratives et financières… Celles-ci furent au service de l’État français, parfois assez noblement. Les voici au service de la République du Congo : ce n’est pas un transfert d’attributions, c’est un transfert de destin… »

C'est ensuite au président Fulbert Youlou, sous un tonnerre d'applaudissements de lancer à la foule :

Cette indépendance de la République du Congo, mes chers concitoyens, je la proclame solennellement et universellement ». (extrait du discours).

 

La cérémonie est ensuite agrémentée par un défilé militaire de l'armée de la Communauté.

Un peu plus tôt dans la matinée, l'Assemblée nationale, sous la direction de son président, Alphonse Massamba-Débat, se réunit en session extraordinaire. Après lecture du message du général de Gaulle, puis un discours du premier président de la République, l'Assemblée ratifie, par un vote unanime, les nouveaux accords que viennent de signer le chef de l'État Fulbert Youlou et Jean Foyer, le représentant du gouvernement français.

Mais cette journée du 15 août 1960 est loin d'être terminée.

Le cortège officiel se rend au square De Gaulle, où un buste a été dressé en 1959, en hommage au héros de la France Libre. Le président de la République, accompagné d' André Malraux, suivi de la délégation française, de Joseph Kasa-Vubu, président de la République congolaise d'outre-Pool, qui a franchi le fleuve pour l'occasion, visite les quartiers «noirs» de la ville, Poto-Poto et Bacongo. La foule les acclame.

Un arrêt devant la statue de l'explorateur franco-italien, Savorgnan de Brazza, au centre-ville puis place de la Mairie, c'est André Malraux qui reprend la parole pour vanter le courage extraordinaire du général de Gaulle...
Réponse du président Fulbert Youlou qui n'hésite pas à glorifier l'homme de Brazzaville: «Lorsque, voici vingt ans, le 28 août 1940, le Congo, à l'appel d'une voix lointaine venue de Londres alors en pleine tourmente, décidait de se rallier à la France-Libre, une ferveur unanime a uni tous les habitants de ce pays, Européens et Africains, pour le combat en faveur de la liberté du monde. Alors, Brazzaville, modeste chef-lieu de l'Afrique équatoriale française, voyait peu à peu son nom prendre un lustre nouveau en tant que capitale de la France libre et combattante».

Il est maintenant près de 20 heures...La fête bat déjà son plein dans les quartiers de la capitale.

Pour la délégation française et les officiels congolais, la journée se termine par une grande réception dans les jardins du palais du haut commissaire général, devenu depuis cette nuit, la résidence du président de la République du Congo.

Ce jour même, le gouvernement congolais envoie un télégramme au secrétariat général des Nations unies pour son adhésion et la reconnaissance internationale de sa souveraineté.

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* Les cérémonies officielles de l'indépendance de la République du Congo ont eu lieu le 28 novembre 1960. Une quarantaine de délégations étrangères sont représentées.

Sources :
- République du Congo, cinquante ans de vie politique 1960-2010, Les Éditions Hemar,
- Indépendance du Congo 14 et 15 août 1960. Journal Officiel (Congo-Brazzaville),
- Le Monde du 16 août 1960.

 

Publicado el 11/08/2020 - Modificado el 11/08/2020

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