Jacques Chirac - Cannes - 15/02/2007
Jacques Chirac à Cannes, le 15 février 2007.
REUTERS/Patrick Kovarik/Pool/File photo
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Présidence Chirac : un bilan contrasté pour la France

On dit de lui qu'il était une machine à conquérir le pouvoir, mais qu'il ne savait pas quoi en faire. Jacques Chirac, à la tête de la France entre 1995 et 2007, laisse un bilan global assez maigre et mitigé, avec des succès flagrants sur la scène diplomatique et des échecs cuisants, notamment économiques, sur le plan national.
Por RFI -

DIPLOMATIE
Le « non » français au référendum sur la Constitution européenne, en mai 2005, est l'un des principaux échecs des mandats de Jacques Chirac, entraînant une panne de l'Union européenne. En revanche, sa politique au Moyen-Orient, et notamment son opposition à la guerre en Irak en 2003, puis son engagement pour une plus grande solidarité envers le Sud et pour le climat, qui tranche avec la vision paternaliste qu'on lui donne en Afrique, assoient son autorité internationale. Avec Jacques Chirac, la France participe par ailleurs à la campagne contre la Serbie, en 1999. Et elle use encore de ses armes en Côte d'Ivoire, en 2004.

DÉFENSE
À peine élu, Chirac reprend les essais nucléaires à Mururoa - avant leur arrêt définitif en janvier 1996 - déclenchant un tollé dans le monde.

Retour sur l'affaire des essais nucléaires de 1995
Le 13 juin 1995, le président de la République française, fraîchement élu, annonce la reprise des essais nucléaires dans le Pacifique. Cette campagne a pour but de compléter les données scientifiques et techniques pour passer définitivement à la simulation. De Sydney à Tokyo, le jour même, l'émotion est à son comble. En cet été du 50e anniversaire d'Hiroshima, l'annonce de la reprise des explosions expérimentales provoque une vive opposition ; le président français devient « Hiro-Chirac ». Les militants écologistes de Greenpeace tentent même de rallier l'atoll de Mururoa, sans succès. Sur la scène diplomatique, les relations sont tendues entre la France et l'Australie, et même au-delà. « Pas dans mon jardin », disent en substance les nations du Pacifique.
Six mois plus tard, le 29 janvier 1996, le chef de l'État et des armées Jacques annonce, dans une brève allocution, l'arrêt définitif des essais. Il indique alors avoir entendu les protestations et ne pas être insensible à ces mouvements d'opinion pour la sauvegarde de l'environnement. Mais ce qu'il ne dit pas, c'est que le Commissariat français à l'énergie atomique (CEA) lui a annoncé qu'après six essais souterrains, il pouvait passer désormais sereinement à d'autres méthodes. Depuis, les missiles équipant les sous-marins français et ceux de la force aérienne stratégique ont tous été mis au point par des outils de simulation très puissants, rendant possible le démantèlement des sites d'essais du Pacifique, et offrant au passage à la France une posture diplomatique plus reluisante.

La même année, il met un terme au service militaire, la conscription. Le 22 février 1996, Jacques Chirac l'annonce à la télévision : la France n'a plus besoin d'appelés. Le chef de l'État promet alors de créer une armée professionnelle de 350 000 hommes, capable de projeter jusqu'à 60 000 d'entre eux sur des théâtres extérieurs.

Cette réforme majeure, jamais évoquée lors de la campagne présidentielle, vise en premier lieu à faire des économies. La France, en prévision du passage à l'euro, doit remettre ses finances publiques dans les clous. Or, le coût d'intégration de centaines de milliers d'appelés chaque année dans une myriade de casernes est exorbitant. De plus, alors que s'achève la guerre froide, les budgets militaires connaissent partout en Europe une sévère cure d'amaigrissement.

Le 28 octobre 1997, la suspension du service obligatoire - et non sa suppression pure et simple - est donc promulguée. Et fin 2001, les derniers appelés sont libérés.

MÉMOIRE
Jacques Chirac a reconnu, dans un discours en 1995, la responsabilité de l'État français dans la déportation des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a également instauré une journée commémorative consacrée à l'abolition de l'esclavage, le 10 mai, et aligné les pensions des anciens combattants coloniaux sur celles de ceux de la métropole.

ÉCONOMIE ET SOCIAL
« Notre bataille principale a un nom : la lutte contre le chômage. » Nous sommes en 1995, Jacques Chirac vient d'être élu le jour même à la présidence en promettant de réduire ce qu'il a appelé pendant la campagne « la fracture sociale ». La France connait un chômage de masse : 11,3% de la population active. Quand il quitte l'Élysée en 2007, le chômage est repassé à 8,4% de la population active.

En revanche, le nombre de CDD, contrats à durée déterminée, s'est envolé, et le marché de l'emploi s'est précarisé. Avoir un emploi ne signifie pas forcément que l'on est sorti de la pauvreté. En 2006, Jacques Chirac veut lancer le contrat première embauche (CPE) à destination des jeunes. Les étudiants se mobilisent dans le sillage du syndicat Unef. Promulguée puis abrogée aussitôt, la loi ne sera jamais appliquée.

En 1995, le candidat de la droite promet par ailleurs de baisser les impôts, et d'enrayer la spirale de la dette. Mais la croissance attendue n'est pas au rendez-vous. Le déficit public explose, et il faut composer. La France reviendra toutefois dans les clous européens à la fin du second mandat.

La France, en 12 ans, connait plusieurs conflits sociaux majeurs, dont celui du CPE. Le premier à la fin de l'année 1995, c'est la réforme des retraites. Présentée par Alain Juppé, elle intègre les régimes spéciaux de retraite. Résultat, un tollé, trois semaines de grèves et près de 2 millions de personnes dans les rues. Une partie du plan sera appliquée. Mais la réforme des régimes spéciaux sera abandonnée.

SÉCURITÉ
La sécurité a été le thème principal de la présidentielle de 2002, remportée par Jacques Chirac après un duel contre le patron de l'extrême droite, Jean-Marie Le Pen. C'est son ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy qui en est chargé.

Supprimant la police de proximité créée par le gouvernement Jospin, omniprésent, il applique une politique se voulant répressive, dénoncée par certains comme une « politique du chiffre ». Le bilan, côté données officielles, est mitigé : crimes et délits connaissent une baisse continue, mais les violences augmentent.

En 2005, après la mort en octobre de deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traoré, électrocutés dans l'enceinte d'un poste électrique alors qu'ils cherchent à échapper à un contrôle de police, des émeutes urbaines éclatent à Clichy-sous-Bois et Montfermeil.

Trois jours plus tard, l'envoi d'une grenade lacrymogène à l'entrée de la mosquée Bilal, le fait de forces de l'ordre alors caillassées, étend la crise à l'ensemble du département de Seine-Saint-Denis, puis à de nombreuses banlieues françaises. L'état d'urgence est déclaré le 8 novembre, il sera maintenu trois mois.

VIE PARTISANE
Fondateur en 1976 du Rassemblement pour la République (RPR, qui se réclame de l'héritage du général de Gaulle), Jacques Chirac est en 2002 à l'origine de la création de l'UMP. Il s'agit d'abord d'une coalition visant à rassembler toute la droite française en vue des législatives, quelques semaines après la présidentielle remportée contre le Front national : « Union pour une majorité présidentielle ».

Puis, sous la houlette d'un chiraquien historique, l'ancien premier ministre Alain Juppé - qui en sera le premier président -, l'UMP devient un parti, « l'Union pour un mouvement populaire », fusion du RPR, de Démocratie libérale et d'Écologie bleue, auxquels s'associent de manière autonome les formations FRS, CNIP et le Parti radical valoisien. De nombreux parlementaires UDF (centre droit) rejoignent l'aventure. Mais François Bayrou, pour sa part, reste à la tête du parti giscardien.

Lors de son second mandat, après la condamnation en justice, puis l'exil au Canada, du fidèle Alain Juppé, Jacques Chirac verra progressivement le parti qu'il vient de créer, parti unique de sa majorité parlementaire qui a depuis disparu, lui échapper. Et ce, au profit de Nicolas Sarkozy, devenu son principal rival à droite. Après avoir tenté de lui barrer la route, le président ne parviendra pas à empêcher son ministre de faire de ce parti une machine de guerre à son propre service.

INSTITUTIONS
En 2000, Jacques Chirac organise son premier référendum pour proposer aux Français une réforme des institutions : le quinquennat. L'objectif est de faire passer la durée du mandat présidentiel de sept à cinq ans, pour éviter ce que la France a expérimenté déjà trois fois entre 1986 et 2002, à savoir une cohabitation droite-gauche entre la présidence et le Parlement, dont émane le gouvernement.

Adoptée avec 73,21 % des suffrages exprimés sur fond de très forte abstention (69,81%), cette réforme constitutionnelle explique pourquoi M. Chirac ne reste que 12 ans président contre 14 pour son prédécesseur. Au total, la Constitution sera révisée 14 fois entre 1995 et 2007, un record pour un texte qui n'avait connu que 22 révisions entre 1960 et 2007.

Publicado el 22/10/2019 - Modificado el 22/10/2019

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