De g à d : Le ministre allemand des Affaires étrangères Joachim Von Ribbentrop, le sous-secrétaire d'État allemand Friedrich Gaus, le leader soviétique Joseph Staline et son ministre des Affaires étrangères Viatcheslav Molotov lors de la signature du Pacte de non-agression à Moscou, le 23 août 1939.
Au 1er plan : le ministre allemand des Affaires étrangères Joachim Von Ribbentrop, le leader soviétique Joseph Staline et son ministre des Affaires étrangères Viatcheslav Molotov lors de la signature du Pacte de non-agression à Moscou, le 23 août 1939.
AFP
Artículo

Le pacte Hitler-Staline

Le 23 août 1939, à Moscou, les ministres des Affaires étrangères du Troisième Reich allemand de Hitler et de la Russie soviétique de Staline – Joachim von Ribbentrop et Viatcheslav Molotov – signaient le Traité de non-agression entre les deux États, connu aussi comme le Pacte Ribbentrop-Molotov. Après les accords de Munich de 1938, c’était le deuxième document-clé ouvrant la voie à la Seconde guerre mondiale.
Por Piotr Moszynski -

Après s’être assuré, grâce aux accords de Munich, la neutralité de l’Occident lors de ses premières conquêtes territoriales, Hitler avait besoin d’une neutralité bienveillante de la plus grande puissance de l’Est de l’Europe – l’Union soviétique – lors de l’attaque allemande contre la Pologne et contre l’Europe occidentale elle-même, avant d’attaquer plus tard, en 1941, l’URSS à son tour. En 1939, il a obtenu des Soviétiques bien plus qu’une simple neutralité : une active coopération sur le plan politique, économique et militaire.

Conquêtes assurées et consommées

Le Pacte Ribbentrop-Molotov ne se limitait pas à un renoncement mutuel « à tout acte de violence, à tout acte d’agression et à toute attaque, que ce soit individuellement ou bien en coalition avec d’autres puissances ». L’article II du traité stipulait également que « si une des deux Parties Contractantes est attaquée par une tierce puissance, l'autre Partie Contractante ne devra en aucun cas aider cette tierce puissance ». Ainsi, en cas d’une déclaration de guerre contre l’Allemagne par la France et la Grande-Bretagne pour défendre la Pologne attaquée par les nazis, l’Union soviétique s’interdisait toute aide aux Français et aux Britanniques.

Mieux, en signant un protocole secret annexé au Traité de non-agression, elle s’assurait la conquête des Pays baltes, d’un tiers de la Pologne et de la Bessarabie. C’est ainsi que le protocole secret dessinait les frontières des futures « zones d’influence » entre l’Allemagne nazie et la Russie soviétique. Dessein devenu réalité après deux attaques successives contre la Pologne : le 1er septembre 1939 de l’ouest par les troupes nazies et le 17 septembre 1939 de l’est par les troupes soviétiques. Le 28 septembre 1939, les deux agresseurs ont conclu le Traité germano-soviétique de délimitation et d’amitié qui précisait « la délimitation de leurs intérêts nationaux respectifs » suite à « la désintégration de l’ancien Etat polonais ». Le Traité était muni, lui aussi, de trois protocoles secrets. Ils apportaient, entre autre, les derniers détails du tracé des « zones d’influence ».

C’est ainsi qu’a commencé la Seconde guerre mondiale. Comme toujours dans le cas de grands événements historiques, on peut les considérer sous deux angles : celui de la moralité et celui des intérêts en jeu.

Le plan moral

Sur le plan moral, on peut parler de trahisons, de manque de loyauté, de cruauté, de dissimulation de véritables objectifs, d’actions et de plans criminels. Les Allemands, ayant subi une écrasante défaite et une gigantesque humiliation, ont fait, après la guerre, un formidable travail de mémoire et de réconciliation, ce qui les a fortement aidés à devenir une des démocraties les plus exemplaires au monde.

Le chemin suivi par les Russes a été plus sinueux. Par un paradoxal retournement de l’Histoire – qui a apporté à la fois des millions de victimes soviétiques et des millions de victimes des Soviétiques – ils sortent de la guerre comme vainqueurs, aux côtés des Alliés auxquels ils refusaient toute aide en cas de conflit avec le Reich allemand dans le Pacte Ribbentrop-Molotov. Le travail de mémoire en version soviétique – et maintenant russe – consiste toujours en tentatives d’évacuer tout ce qui rappelle la collaboration étroite de Moscou avec l’Allemagne hitlérienne et de se comporter comme si la Seconde guerre mondiale n’avait commencé que le 22 juin 1941, avec l’attaque allemande contre l’URSS. Tout ce que les Soviétiques ont fait avant est présenté comme aide et protection apportées aux peuples menacés par l’invasion nazie. Vladimir Poutine s’est laissé finalement convaincre de venir le 1er septembre prochain à Gdansk aux cérémonies de commémoration du 70ème anniversaire du déclenchement de la guerre, mais à condition que l’URSS n’y soit pas mentionnée comme agresseur, alors que de toute évidence elle l’était…

Les intérêts

Face à la menace mortelle allemande, chaque État concerné jouait son propre jeu, en essayant de se protéger le mieux possible, voire de profiter de la situation au détriment des autres. La France et le Royaume-Uni ont longuement négocié avec l’URSS afin de nouer une alliance contre Hitler, au prix de concessions donnant pratiquement carte blanche aux Soviétiques dans les Pays baltes et en Pologne, en garantissant à Moscou notamment le droit d’« aider » ces pays en cas d’agression extérieure, sans les consulter, et même s’ils ne l’auraient ni sollicité, ni souhaité. Toutefois, les États en question s’y sont résolument opposés, estimant – on le verra en septembre 1939, à juste titre – se trouver entre deux agresseurs potentiels les menaçant d’exactement le même désastre. C’est pourquoi ils proposaient plutôt de créer une alliance efficace contre les deux autres. Elle existait sur papier, mais n’a pas fonctionné en pratique. C’est pourquoi on parle toujours en Pologne de « trahison » française et britannique de 1939, et d’« irresponsabilité » polonaise de 1939 en France et en Grande-Bretagne.

De toute façon, l’analyse de la situation faite par les Soviétiques excluait une véritable coopération avec les démocraties occidentales. Staline l’a expliqué très clairement lors d’une réunion du Bureau politique du parti communiste soviétique le 19 août 1939, quatre jours avant la signature du Pacte Ribbentrop-Molotov : « Camarades ! Le déclenchement de la guerre entre le Reich et le bloc capitaliste anglo-français est dans l'intérêt de l'URSS - patrie des travailleurs. Il faut tout faire pour que la guerre dure le plus longtemps possible et affaiblisse au maximum les deux côtés. Pour cette raison il nous faut accepter de signer le pacte proposé par l'Allemagne et agir de façon à ce que la guerre dure le plus longtemps possible. Il faudra activer la propagande dans les États belligérants et être prêts lorsque la guerre finira. ».

Une révolution mondiale ratée

Prêts à quoi ? À mettre en marche une révolution mondiale, indépendamment du résultat de la guerre pour l’Allemagne. « En cas de défaite, l'Allemagne sera immanquablement soviétisée et recevra un gouvernement communiste ». Mais, pour Staline, ce ne serait pas plus mal si l’Allemagne gagnait : « Dans une France vaincue, le parti communiste sera toujours très fort. La révolution communiste aura immanquablement lieu et nous pourrons dans ces circonstances venir en aide à la France et en faire notre allié. Tous les États qui se trouveront sous le protectorat de l'Allemagne deviendront nos alliés. Nous aurons alors un large espace pour y construire la révolution mondiale ».

La seule chose que les Soviétiques n’ont pas prévue en signant le Pacte Ribbentrop-Molotov, c’était l’invasion rapide par l’Allemagne nazie non seulement de la France, mais aussi d’une bonne partie de l’URSS. Cette erreur d’appréciation leur a coûté 20 millions de morts.

 

Publicado el 17/09/2015 - Modificado el 01/09/2019

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias