Le cercueil de l'ancien président est emporté hors du tombeau.
Le cercueil de l'ancien président est emporté hors du tombeau.
C.Martin/RFI
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La mort de Salvador Allende à la loupe

La dépouille de l’ancien président socialiste a été exhumée au Cimetière général de Santiago. Douze experts chiliens et étrangers devront déterminer les raisons exactes de sa mort.
Por Claire Martin -

De notre correspondante à Santiago

Les coups de marteau résonnent dans le caveau de marbre blanc, rempli de policiers et de médecins légistes. Autour de l’imposant monument moderne, la famille, les proches, la police d’investigation, les experts scientifiques, le juge, tous attendent devant un parterre de journalistes aux aguets, dans le froid du petit matin. Bientôt, le cercueil apparaît, tâché par le temps et l’humidité. A l’intérieur, se trouve une urne plus petite. C’est là que reposent les ossements de Salvador Allende.

« Objectivement, contre nous jouent le temps qui a passé et l’état de conservation de la dépouille de l’ancien président, reconnaît le juge Mario Carroza, en charge de l’enquête sur la mort du défunt chef d’Etat, mais d’un autre côté nous bénéficions des avancées scientifiques en matière de médecine légale de ces dernières années. » Douze experts chiliens et étrangers, parmi lesquels des médecins légistes, des anthropologues, une archéologue et un expert en balistique auront la lourde responsabilité d’analyser le contenu de l’urne pour déterminer comment l’ancien président est mort il y a près de 38 ans. Ils vérifieront tout d’abord que les restes correspondent bien au président Salvador Allende grâce aux prises de sang qu’ont réalisé les deux filles du président. Puis, ils procéderont à une radiographie de tous les ossements pour donner au juge d’ici à une semaine une estimation du temps dont ils auront besoin.

Le 11 septembre 1973, les forces armées dirigées par le général Augusto Pinochet bombardent le palais présidentiel. Le président Salvador Allende résiste, entouré d’un groupe réduit de proches. A 82 ans, le docteur Arturo Jiron, ancien ministre de la Santé d’Allende, s’en souvient comme si c’était hier : « Le président a décidé la reddition. On s’est alors rangé en file indienne. J’étais parmi les derniers. D’un coup, j’entends Enrique Huerta crier " Le président est mort ", je pousse la porte, je vois au fond de la pièce le président étendu sur son fauteuil, le crâne fracassé, du sang partout. »

Il fait partie des rares survivants qui ont vu Salvador Allende mort. Selon lui, il ne fait aucun doute que l’ancien président s’est suicidé. Une conviction que partage également sa famille. « Mon père a pris la décision de mourir dans un geste de cohérence politique pour défendre le mandat que lui avait remis le peuple », a souligné une nouvelle fois sa fille, la sénatrice Isabel Allende, au Cimetière général.

Une opinion que ne partage pas tout le monde. « Je ne crois pas dans la thèse du suicide, le président a été assassiné », souligne Miguel Littin, cinéaste et ancien conseiller en images de Salvador Allende, venu lui aussi assister à l’exhumation.

Pour la première fois,la justice enquête. Elle parviendra peut-être à trancher, établissant des faits et non des opinions. L’écriture de cette page sombre de l’histoire repose désormais sur les analyses des scientifiques.

 

La cérémonie d'exhumation en images
Le véhicule qui emporte le cercueil d'Allende, suivi par les politiques proches de l'ancien président et sa famille | C.Martin/RFI

 

Publicado el 11/02/2016 - Modificado el 15/09/2017

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