Représentation de la mort de Napoléon, peinte par Jean-Baptiste Mauzaisse en 1843, exposée au musée de l'Armée, à l'Hôtel des Invalides, le 7 avril 2021.
Représentation de la mort de Napoléon, peinte par Jean-Baptiste Mauzaisse en 1843, exposée au musée de l'Armée, à l'Hôtel des Invalides, le 7 avril 2021.
Thomas Coex / AFP
Artículo

Il est 17h49, Napoléon est mort

Avec l'historien David Chanteranne, rédacteur en chef de Napoléon 1er, la revue du « Souvenir Napoléonien », plongée dans les derniers jours de Napoléon 1er, exilé sur l'île de Sainte-Hélène, 200 ans après sa mort, le 5 mai 1821. 
Por Lou Roméo -

Il est 17h49, Napoléon est mort. Ce 5 mai 1821 marque la fin d’une époque. Louis-Joseph Marchand, son premier valet de chambre, s’approche de son chevet. Tous sont réunis autour du lit de camp à baldaquins de l’empereur déchu. Ses compagnons d’exil, le couple Bertrand, leurs enfants, le général Montholon, l’aumônier Vignaly, et ses domestiques, le garde-suisse Noverraz, le mamelouk Ali, Pierron, les Chinois, tous sont là autour de lui.

Ce n’est pas une surprise : Napoléon, âgé de 51 ans, n'a pas quitté le lit depuis le 22 avril 1821. Son testament est prêt, il l’a soigneusement dicté au général Montholon, son fidèle compagnon d’exil. C’est surtout de l’Aiglon, son fils exilé en Autriche avec sa mère, Marie-Louise, dont il se soucie. D’ailleurs, une gravure représentant l’enfant est placée tout proche de son lit. Il la fixe des heures durant pendant son agonie.

► À écouter aussi : Thierry Lentz, Napoléon en toutes lettres

Il meurt isolé à Sainte-Hélène 

Il a reçu l’extrême onction quatre jours plus tôt, le 1er mai, administrée par l’aumônier Vignaly, quand le délire a commencé. Le général Bonaparte pour les Anglais, Napoléon 1er du temps de sa gloire, n’est plus. Son cancer de l’estomac a eu raison de lui. Mais c’est aussi l’isolement à Sainte-Hélène, cette île perdue au milieu de l’Atlantique entre la Namibie et le Brésil, à des milliers de kilomètres de l’Europe, qui a accéléré son mal.

Napoélon Bonaparte Longwood Sainte Hélène

Longwood, la dernière résidence de Napoléon Bonaparte, à Sainte-Hélène. | © AFP/Gianluigi Guercia

« Le climat de l’île est délétère, rappelle David Chanteranne, historien et rédacteur en chef de "Napoléon 1er, revue du Souvenir Napoléonien". Sa résidence, Longwood, était au départ pensée pour n’être occupée que l’été. Située sur le haut plateau de l’île, les vents alizés la balaient en permanence, et l’humidité est très forte. »

Rats et chèvres sauvages

La maison, pas très grande, domine d’un côté une nature tropicale, et de l’autre un paysage lunaire. Le lieu est d’ailleurs nommé « Deadwood », relate David Chanteranne. Les chèvres sauvages qui l’infestent ont eu raison de la végétation. Des bassines pleines d’eau sont placées au pied des lits des enfants, pour empêcher les rats d’y grimper pendant la nuit.

« Napoléon a sombré dans une dépression terrible depuis son arrivée à Sainte-Hélène le 17 octobre 1815, après un voyage de deux mois et demi, poursuit David Chanteranne. Lors de sa mort, il souffre de plusieurs choses : un ulcère s’est transformé en cancer, mais il est aussi anémié, car il refuse de se nourrir correctement depuis des années. Les repas ont beaucoup d’allure, l’étiquette pratiquée aux Tuileries est encore de mise, mais il fait tout très vite. »

► À écouter : Faut-il commémorer Napoléon ?

Si la table de Longwood est fournie de vins sud-africains, de viandes, de poissons, de légumes et de fruits, même s’ils se font rares sur cette île éloignée de tout, Napoléon a en effet conservé ses habitudes militaires. Une bactérie, placée depuis des années dans son estomac, a prospéré grâce à une alimentation saumurée et pauvre en fibres. Son état moral n’arrange pas les choses, et ceux qui le soignent ne peuvent plus rien.

Ingestion de caromel, une forme de mercure

Le 3 et le 4 mai, sur les conseils des médecins anglais d'abord, puis sur l'ordre de son médecin corse François Antommarchi, on lui a fait ingérer du calomel, mêlé de crème et de riz, et d’un bouillon d’eau de fleur d’oranger. Il s’agit d’un minéral, la forme naturelle du chlorure de mercure. Toxique, il est utilisé à l’époque comme laxatif. Mais son ingestion par Napoléon, très affaibli et souffrant déjà d’hémorragies internes, accélère l’agonie.

Joséphine de Beauharnais

Joséphine de Beauharnais, première femme de Napoléon, lors de son couronnement, le 2 décembre 1804. Détail du tableau de Jacques-Louis David. | AFP - JOEL ROBINE

Depuis le 24 avril, il a des hallucinations. Son ex-femme et grand amour, Joséphine, lui apparaît en rêve, alors qu’il ne l’a pas vue depuis 1811, deux ans après l'avoir répudiée, car elle ne pouvait lui donner d'enfant. Encore conscient, il le raconte à son entourage.

► À lire aussi : Les massacres de Jaffa en 1799: une violence oubliée

Napoléon, si strict d'ordinaire, est barbu

Un léger mieux, le 27 avril, lui permet d’inventorier et de cacheter des boîtes et des tabatières qu’il destine à son fils. Mais il replonge vite dans un sommeil agité et douloureux. Le 1er mai, son entourage se résigne, le délire ne cesse plus, il ne reconnait personne. Seule Fanny, la femme de son maréchal du Palais, le général Henri-Gatien Bertrand, parvient à échanger quelques mots avec lui. Elle sort troublée de l’entretien. Napoléon, habituellement si propre et méticuleux, porte une barbe de plusieurs jours.

« Napoléon était très porté sur l’hygiène, rapporte David Chanteranne. Il était presque maniaque. Sa vie à Sainte-Hélène continue de suivre un rythme très strict. Il se rase seul tous les matins, et prend un bain d’eau parfois bouillante chaque après-midi, à quatorze heures. » Mais depuis l’avancée de sa maladie, l’ancien empereur s’est négligé. Ce 5 mai 1821, ses proches l’ont lavé et rasé, pour préparer sa mort. Les masques mortuaires qu’on coule ce jour-là présentent le visage lisse si connu du monde entier.

Joséphine

Il a prononcé ses derniers mots dans la matinée, autour de huit heures du matin. Son entourage rapporte avoir entendu « tête » et « armée » émerger de son délire, peut-être aussi « Joséphine », encore une fois. La vie s’est arrêtée depuis plusieurs jours déjà à Sainte-Hélène. Chacun vient faire ses adieux. Le 2 mai, Louis-Joseph Marchand l’a cru mort, il s’est agenouillé au pied de son lit, mais Napoléon a émergé quelques instants, il a dit « Mon Dieu, mon Dieu ! », avant d'être de nouveau submergé par la fièvre.

Le lendemain, c’est son garde-suisse, Noverraz, qui lui rend visite, alors que lui-même se remet d’une maladie. Son maître à l’agonie le reconnaît et lui enjoint d’aller se reposer. Le 4 mai est le jour de son dernier échange sensé. Il demande à Marchand : « comment s’appelle mon fils ? ». Le serviteur répond : « Napoléon. » Et il se rendort.

Tout est révolu, ce 5 mai 1821, il y a 200 ans aujourd’hui. Le canon sonne bientôt. Le docteur Arnott, œil du gouverneur britannique de l’île, compte les secondes entre les respirations.

Trois soupirs, un dernier souffle. Il est 17h49, Napoléon est mort. 

Il faudra attendre 1840 pour que ses restes soient ramenés en France et installés dans le tombeau de l'Hôtel des Invalides.

Publicado el 06/05/2021 - Modificado el 07/05/2021

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias