Paris en juillet 1968.
Paris en juillet 1968.
Robert Schediwy/Wikimedia/CC BY-SA 3.0
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Faut-il brûler Mai 68?

Faut-il brûler Mai 68 sur l'autel de la morale, au motif de ses outrances? Faut-il condamner une génération au prétexte de ses provocations?
Por Geneviève Goetzinger -

En cette journée internationale de la femme et alors que la parité s'impose comme l'une des révolutions des élections municipales de dimanche, la réponse est bien sûr négative. L'esprit de 68 a été pour la femme profondément libérateur, avec une double conquête: celle de l'égalité dans le couple, celle de la reconnaissance professionnelle. On y serait forcément venu. Mai 68 a joué dans cette émancipation un incontestable rôle d'accélérateur. Beaucoup reste encore à faire: dans la sphère privée où les femmes continuent d'assumer l'essentiel des tâches domestiques et de la responsabilité parentale. Dans le monde du travail où leurs salaires demeurent en moyenne 20% inférieurs.

33 ans après 68, certaines critiques ont de quoi choquer et ressemblent fort à des règlements de compte quelque peu glaçants. Comme si certains entendaient aujourd'hui instruire un véritable procès au nom du retour en force d'un ordre moral qu'ils ne se résolvent pas à abandonner. Les pourfendeurs de l'esprit de mai se fondent sur cette double révolution culturelle qu'accomplit tranquillement la gauche dans le domaine de la sécurité et de l'école. De fait, la réhabilitation en grandes pompes de la « belle notion d'autorité » selon les mots mêmes de Jack Lang semble aux antipodes des objectifs de 68. Tout comme la défense de « l'autorité parentale »  et de « l'institution de la famille », la semaine dernière par Ségolène Royal.

De là à en conclure que c'est l'excès de permissivité qui engendre la violence scolaire et celle des quartiers, le pas semble un peu vite franchi. Tout comme il était malhonnête de suggérer que les écrits de Daniel Cohn-Bendit avaient pu légitimer la pratique criminelle de la pédophilie. C'est bien parce qu'en 68, la société française semblait bloquée, que la contestation a pu être outrancière. C'est bien parce-qu'aujourd'hui, elle apparait libérale et libérée que le laxisme peut et doit à son tour être dénoncé. Si les acteurs de Mai 68 ne sauraient se dispenser d'un nécessaire retour sur leur histoire et leurs valeurs, il ne faudrait pas pour autant leur imputer tous les péchés du monde.

Publicado el 10/12/2015 - Modificado el 20/02/2018

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