Une électrice remplit son bulletin lors du vote anticipé à Leesburg en Virginie, le 18 septembre 2020.
Une électrice remplit son bulletin lors du vote anticipé à Leesburg en Virginie, le 18 septembre 2020.
Bill Clark/CQ-Roll Call, Inc / Getty
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Élections américaines : 10 questions pour comprendre les opérations de vote

Le système électoral américain est bien complexe. Pourquoi l'élection se déroule-t-elle toujours un mardi au mois de novembre ? Pourquoi les Américains n’élisent pas directement leur président ? Qu’est-ce qu’un vote anticipé ? Pourquoi le président prend-il ses fonctions deux mois et demi après avoir été élu ?
Por Anne Toulouse -

1. Pourquoi vote-t-on le premier mardi après le premier lundi de novembre ?

À l’époque où sont nés les États-Unis, le pays était essentiellement rural. Le calendrier électoral a donc été établi en fonction du calendrier agricole. Le début du mois de novembre était la période où les récoltes étaient rentrées dans l’ensemble des 13 colonies et où il faisait encore assez beau pour voyager dans les conditions du XVIIIe siècle.

Les contorsions autour du jour de la semaine sont faites pour éviter que les élections tombent le 1er novembre. C’est une fête d’obligation pour les catholiques et aussi le jour où les marchands faisaient leur comptabilité. Le mardi était considéré comme le jour le plus pratique, qui permettait de commencer à voyager le dimanche et de rentrer chez soi avant la fin de la semaine.

Ce calendrier implique que les élections se tiennent entre le 2 et le 8 novembre. Ce calendrier a été créé par l’usage, la Constitution précise simplement que les élections doivent avoir lieu le même jour dans tout le pays.

2. Pourquoi n’élit-t-on pas le président au suffrage universel direct ?

Les États-Unis d’Amérique sont, comme leur nom l’indique, un État fédéral. Les pères fondateurs ont eu le souci d’assurer la représentativité de chaque État, tout en tenant compte de l’importance de sa population. L’élection du président a été calquée sur le système adopté pour le Congrès : l’une des Chambres, celle des représentants, a un nombre d’élus proportionnel à la population de chaque État ; dans l’autre il y a deux sénateurs par État, quelle que soit leur taille.

Le président est élu par un collège électoral, composé de grands électeurs dont le nombre est égal au total des représentants et des sénateurs de l’État. Par exemple, il y a 55 grands électeurs pour la Californie et 3 pour le Wyoming. La première a une population de près de 40 millions d’habitants, le second d’un peu plus de 500 000. Si l’on adoptait le suffrage universel direct, la politique fédérale serait entièrement déterminée par les grands États, comme la Californie, le Texas ou la Floride. Le Wyoming, le Vermont ou le Rhode Island n’auraient plus de poids politique.

Les grands électeurs sont l’émanation du vote populaire, mais ils ne le reflètent pas de manière mathématique : un candidat emporte toutes les voix de l’État où il arrive en tête, quelle que soit la majorité dont il dispose (à l’exception du Maine et du Nebraska qui introduisent une dose de proportionnalité).

3. Qui peut être président ?

N’importe quel citoyen des États-Unis âgé de plus de 35 ans au moment de l’élection, à condition qu’il soit citoyen de naissance et non pas par naturalisation. Le vice-président doit répondre aux mêmes conditions.

4. Le vice-président est-il élu ? 

Un bulletin de vote pour les élections présidentielles américaines de 2020.

Un bulletin de vote pour les élections présidentielles américaines de 2020. | Joe Raedle/Getty North America via AFP

Oui et non : il figure sur le « ticket » au côté du président, mais les électeurs ne peuvent pas panacher leur vote. Si le vice-président doit être remplacé en cours de mandat, pour cause de décès, de démission ou d’impeachment, le président choisit son remplaçant sans passer par le suffrage populaire.

Dans le texte original de la Constitution, le vice-président était celui qui avait obtenu le plus de voix après le président. Ce système qui mettait côte à côte les deux plus gros poids lourds du pays a été aboli dès 1804 par le 12ème amendement de la Constitution.

5. Que se passe-t-il si deux candidats arrivent à égalité ?

L’élection est tranchée par la Chambre des représentants, mais pas dans sa formation habituelle. Chaque État n’a droit qu’à une seule voix déterminée par le choix de l’ensemble de sa représentation.

6. N’y a-t-il que deux candidats ?

Oh non, il y en a bien plus. Si l’on ne parle généralement que des candidats des deux grands partis, démocrates et républicains, il y a au moins une dizaine de candidats sur chaque bulletin de vote. La liste varie selon les États, car chacun d’eux a ses propres règles pour avoir le droit de figurer sur ce que l’on appelle le « ballot », c'est-à-dire la liste des candidats éligibles. Il faut soit avoir recueilli un certain nombre de signatures d’électeurs ou d’élus, soit avoir recueilli 3 à 5% des voix à l’élection précédente, le tout accompagné d’une caution financière. Souvent les candidats secondaires ne figurent sur le ballot que de quelques États.

Pour ceux qui n’y accèdent pas, reste le « write-in » : une pétition à la Commission électorale permet de figurer sur une liste dans laquelle les électeurs peuvent puiser un nom, qu’ils inscrivent directement sur leur bulletin. A l’époque du vote électronique, un clavier est prévu à cet effet.

La plupart des États autorisent également une forme non régulée de « write-in », qui permet d’inscrire n’importe quel nom sur le bulletin. Cette pratique est très limitée, mais elle produit à chaque élection des suffrages pour Mickey Mouse, Jésus, Elvis, « moi-même », ou « none of the above » c'est-à-dire aucun de ceux qui sont mentionnés sur le bulletin !

Les candidats de partis tiers n’ont qu’une influence minime sur l’élection à de notables exceptions comme Ross Perot, qui a recueilli près de 19% des voix en 1992.

7. Quelles sont les autres élections ?

Il y en a beaucoup ! L’ensemble des représentants, un tiers des sénateurs, une partie des gouverneurs, les Parlements locaux dits législatures, certains juges, les sheriffs, les présidents de la commission scolaire, etc. A cela il faut ajouter les modifications de la Constitution des États et les référendums locaux… Lorsque l’on dit local, cela peut signifier à l’échelle d’un comté. (Voir l'exemple d’un bulletin de vote du Colorado).

Cela explique pourquoi les opérations de vote sont aussi compliquées et durent aussi longtemps. C’est aussi la raison pour laquelle, aux États-Unis, on ne met pas « un bulletin dans l’urne ». Il faut passer par une machine, électronique ou mécanique, qui décode les choix multiples.

8. Qui organise les élections ?

Cela se passe à trois niveaux, l’État fédéral définit les grandes lignes des lois électorales, mais l’organisation du scrutin est du ressort des États, ce sont eux qui décident du nombre de bureaux, du personnel mis en place et des heures d’ouverture. Enfin le comté, c'est-à-dire la plus petite division administrative, choisit les méthodes de vote et le type de machine qui sera mis à la disposition des électeurs. La justice peut aussi intervenir, par exemple un juge peut être saisi en urgence pour exiger la prolongation des heures d’ouverture d’un bureau de vote.

9. Quand peut-on voter et s’inscrire sur les listes électorales ?

Les électeurs attendent lors d'un vote anticipé à Sumter en Caroline du Sud, aux États-Unis, le 9 octobre 2020.

Les électeurs attendent lors d'un vote anticipé à Sumter en Caroline du Sud, aux États-Unis, le 9 octobre 2020. | Micah Green/REUTERS

Dans la plupart des États, les listes électorales ferment dans les trois à quatre semaines qui précèdent le scrutin, mais certains les maintiennent ouvertes jusqu’au jour de l’élection, c’est ce que l’on appelle « same day registration » : l’électeur s’inscrit au moment de voter. On peut s’inscrire sur internet et de nombreux recruteurs sont mandatés pour recueillir des inscriptions dans tous les endroits où  il y a un grand nombre d’électeurs potentiels : les campus, les supermarchés, la sortie des stades.

Ces formulaires d’inscription sont vérifiés par une commission électorale. Cela génère un grand nombre d’erreurs. En 2002, la loi HAVA  (Help America Vote Act) a créé les « provisional ballots » : un électeur dont l’inscription est douteuse peut néanmoins voter, la validité de son bulletin est déterminée dans les dix jours.

Trente-cinq États pratiquent le vote anticipé dans un nombre réduit de bureaux de vote, ouverts jusqu'à 6 semaines avant l’élection, la plupart acceptent le vote par correspondance, sans que l’électeur ait à donner de raison. Dans un État, l’Oregon, on ne peut voter que par correspondance.

10. Pourquoi le président prend-il ses fonctions deux mois et demi après avoir été élu ?

C’est encore un héritage du XVIIIe siècle. Les grands électeurs devaient apporter les enveloppes contenant les résultats du vote à Washington. A cheval cela prenait un certain temps ! Mais à cette époque-là, la Constitution ne précisait pas de date pour la prise de fonction présidentielle, c’est le 20e amendement qui en 1933 a fixé l’échéance du 20 janvier à midi.

Publicado el 13/10/2020 - Modificado el 17/11/2020

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