Le tribunal spécial de Phnom Penh chargé de juger les anciens dirigeants khmers rouges a condamné à 30 ans de prison "Douch", l'ancien tortionnaire de la prison S-21.
Le tribunal spécial de Phnom Penh chargé de juger les anciens dirigeants khmers rouges a condamné à 30 ans de prison Duch, l'ancien tortionnaire de la prison S-21.
Reuters / Chor Sokunthea
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Cambodge: Duch condamné à 30 ans de prison pour crimes contre l’humanité

Ancien chef de la prison de Phnom Penh sous le régime des Khmers rouges, Duch a été condamné à 30 ans de prison pour crimes contre l'humanité. Ce verdict annoncé le 26 juillet 2010 est le premier contre un ancien dirigeant de la dictature cambodgienne. Un jugement plutôt clément pour le chef de la S-21 où des milliers d'opposants furent torturés et tués à la fin des années 1970 et une déception pour nombre de familles de victimes.
Por RFI -

Cela a été un procès long et éprouvant pour les victimes dont on a nié l'existence pendant des années. Et le verdict laisse un goût amer même si l'accusé a reconnu des faits et même présenté des excuses.

Duch âgé aujourd'hui de soixante-sept ans, a donc assez peu de chance de fouler de nouveau libre, le sol de son pays. Il ne purgera finalement que dix-neuf ans de prison, le tribunal ayant retranché les seize années déjà passées derrière les barreaux.

Mais pour les nombreux Cambodgiens qui avaient réclamé la perpétuité, la sentence de Duch n'est pas à la hauteur de la gravité des faits : 14 000 personnes ont été torturées et tuées dans la prison qu'il dirigeait.

Il aura fallu des années de tractations entre les autorités cambodgiennes et l'ONU pour que soit créé en 2003, un tribunal mixte chargé de juger ces crimes. Et ce n'est qu'en 2006, que la procédure s'est enclenchée, une procédure interminable marquée par une succession de pressions politiques. Le Premier ministre Hun Sen n'a jamais caché son irritation à l'égard du tribunal, accusant les juges étrangers de recevoir « des ordres de leur gouvernement ».

Si le procès Duch vient enfin de s'achever, d'autres suivront. Quatre autres ex-dirigeants khmers rouges doivent être jugés pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Mais, les liens entre le gouvernement cambodgien actuel et les anciens du régime khmer rouge, risquent fortement de compliquer la tâche au tribunal.

 

signe plus

 Des années de tractations avant le procès Duch :

Il aura fallu qu’un photographe irlandais, Nick Dunlop, reconnaisse Duch sous les traits d’un petit homme aux cheveux gris, un jour d’avril 1999...

Avec notre correspondante à Phnom Penh, Stéphanie Gee

Un procès au goût amer pour les parties civiles
Le verdict est conforme au droit pénal international. Cependant, il n’est pas très bien accepté par les parties civiles et les Cambodgiens en général. Duch, qui a 68 ans maintenant, a accueilli cette peine impassible, très attentif comme à son habitude, devant une salle d’attente pleine. Certes, la peine est de trente ans, mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a des déductions. Tout d’abord, cinq ans au moins, à titre de réparation car il a été illégalement détenu par une cour militaire au Cambodge. Il faut ensuite déduire onze ans de détention provisoire qu’il a déjà accomplie. Ce qui ramène donc la peine à dix-neuf ans. Dix-neuf ans au regard des parties civiles est une peine considérée comme insuffisante, face à la mort de leurs proches. C’est un verdict qui n’est donc pas compris et qui suscite la colère. Les familles des victimes souhaitaient que Duch meurt en prison. Avec cette sentence, ce n’est pas certain. Pour la première fois, le tribunal international prévoit d’indemniser les victimes. Mais ce qui a été décidé, c’est qu’il y ait une compilation des excuses qui ont été faites par Duch au cours du procès. Des compilations seront mises en ligne sur le site du tribunal. A cela s'ajoute une énumération des noms de toutes les parties civiles reconnues et acceptées. Ces réparations collectives et symboliques sont toutefois jugées comme de faibles réparations. Les familles s’attendaient par exemple à la construction d’un monument à la mémoire des morts et des victimes. Sur ce point, c’est la déception, et des appels devraient être faits par les parties civiles. Normalement ont  rappelé les juges, c’est l’accusé qui doit prendre en charge les réparations, mais Duch n’est pas solvable.

Publicado el 10/02/2016 - Modificado el 19/10/2017

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