Un ours polaire sur la banquise dans l’Arctique russe, près de la terre de François-Joseph.
Un ours polaire sur la banquise dans l’Arctique russe, près de la terre de François-Joseph.
© SeppFriedhuber/Getty LDD
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L’Arctique: un trésor blanc face à l’or noir

Le président américain, Barack Obama, est le 31 aout 2015 à Anchorage, en Alaska, pour une rencontre internationale sur le futur de l’Arctique. La zone fait l'objet de nombreuses convoitises : la Russie a déposé au début du mois une demande d'extension de sa souveraineté territoriale sur l'océan. Le groupe pétrolier Shell a obtenu le droit de forer davantage au large de l'Alaska il y a quelques jours. Et c’est justement le réchauffement climatique qui accentue les intérêts des États pour exploiter cette région !
Por Laxmi Lota -

L'Arctique se situe au pôle Nord, il est constitué d'un océan gelé, la banquise, et de terres très froides, comme le Groenland qui appartient au Danemark, ou l'Alaska, aux États-Unis. On compte neuf mois d'hiver, trois mois d'été. Il peut faire jusqu'à -67 degrés Celsius en Sibérie. Ce sont des conditions très dures pour l'homme. Mais l'Arctique attire. La Russie, la Norvège, le Danemark, l'Islande, le Canada et les États-Unis veulent étendre leur mainmise sur l'océan arctique.

Des ressources en or

L'Arctique est vu comme un nouvel eldorado et suscite parfois des fantasmes. Il y aurait dans la zone, 30 % des ressources mondiales non découvertes de gaz et 13 % des ressources en pétrole. Mais ce ne sont que des hypothèses, il n'y a pas de certitude absolue sur la présence et la quantité de ces hydrocarbures. Ces réserves supposées ne sont par ailleurs pas forcément rentables à exploiter, vu le prix du baril de pétrole actuel, trop bas, autour de 40 à 45 dollars. Mais cela ne décourage pas le groupe pétrolier Shell par exemple : il y a quelques jours, le gouvernement américain l'a autorisé à mener des opérations plus profondes de forage au large de l'Alaska.

En Arctique, on trouve aussi différents minerais : cuivre, zinc, uranium, nickel. Des réserves de pêches avec des espèces comme la morue, le hareng, le maquereau. Autre source d'intérêt, « grâce » à la fonte des glaces : des passages maritimes qui feraient gagner une vingtaine de jours de navigation sur quarante. Bastien Alex est chercheur à l'Iris, sur les questions climatiques et énergétiques, il explique que c’est le réchauffement climatique qui a accéléré les convoitises des États sur la zone : « Vu que l'Arctique devient de plus en plus accessible du fait de la fonte de la Banquise, il devient plus facile d'y pénétrer et d'y mener des activités liées à l'exploitation économique, que ce soit la pêche ou la prospection pétrolière. C'est donc un facteur central dans l'accessibilité grandissante de l'Arctique, évidemment ».

Zone à protéger

Le réchauffement climatique accélère donc les demandes d'extension territoriales de la part des États. Face à ces chercheurs d'or, des scientifiques, des défenseurs de l'environnement tirent la sonnette d'alarme : l'Arctique est une zone primordiale pour la planète. Elle joue un rôle de régulateur du climat global sur Terre. L'exploitation de l'Arctique accélère le réchauffement climatique selon David Grémillet, directeur de recherche au CNRS et chercheur à l'Institut polaire français : « Les activités industrielles en Arctique, qui sont d'ores et déjà très marquées par exemple en Russie, produisent des particules de suie, qui, quand elles se déposent sur la neige ou la glace contribuent à capter l'énergie du soleil et à faire un effet boule de neige qui va précipiter le réchauffement de la glace et de la neige et accélérer la fonte ».

Milieu unique

Mais rien n'est joué, pour Bastien Alex, de l'Iris. L’homme n’a pas encore gagné la conquête de l’Arctique. En dépit du drapeau en titane planté par la Russie sous le pôle Nord à plus de 4 000 m de profondeur en 2007. L'Arctique reste un milieu contraignant. Il y a trop de facteurs en jeu selon le chercheur, nul ne peut prévoir quand l’Arctique sera exploité à grande échelle : « C'est vrai qu'à un horizon de court terme, il y a quand même beaucoup d'interrogations. On se souvient qu'en 2012/2013 Shell avait "mis le paquet", avait prévu d'investir plusieurs dizaines de milliards de dollars, mais ils ont eu tout un tas de problèmes techniques ». Le caractère extrême du climat là-bas rend effectivement toute opération très compliquée. Si on allait de désillusions en désillusions, on pourrait aussi peut-être revenir sur l'exploitation de ce qu'on appelle l'« eldorado énergétique ».

Ce qui prendra également du temps c'est l'arbitrage de la Commission des limites du plateau continental des Nations Unies : c'est elle qui donne son avis sur les demandes d'extension territoriale des États. Il lui faut actuellement 10 à 20 ans pour étudier les dossiers, tant elle croule sous les demandes. L'avenir de l'Arctique est donc incertain.

Publicado el 06/06/2019 - Modificado el 26/08/2019

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