Photo prise le 31 mai 2019 de ce que l'on croit être un camp de rééducation où sont détenues des minorités ethniques majoritairement musulmanes, dans la région du Xinjiang en Chine.
Photo prise le 31 mai 2019 de ce que l'on croit être un camp de rééducation où sont détenues des minorités ethniques majoritairement musulmanes, dans la région du Xinjiang en Chine.
Greg Baker / AFP
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Des documents révèlent la politique d'internement des Ouïghours par Pékin

Le « New York Times » s'est procuré plus de 400 pages d'un rapport confidentiel du gouvernement de Pékin au sujet de la détention de masse de membres de la minorité musulmane qui vit majoritairement au Xinjiang.
Por RFI -

Le New York Times s’est procuré 24 documents au total, publiés le 16 novembre 2019 sous le nom des Xinjiang Papers (« papiers du Xinjiang »). C'est l'une de plus grosses fuite d'informations gouvernementales chinoises en dix ans.

« Sans pitié »

Certains rassemblent des discours secrets du président Xi Jinping appelant les autorités régionales à utiliser « sans pitié les outils de la dictature » contre « le terrorisme, l’infiltration et le séparatisme ». L'idée est donc de combattre l'extrémisme en agissant largement au sein d'une grande majorité de musulmans modérés. Un discours distribué à partir de 2016 aux hauts fonctionnaires locaux pour justifier la répression, avec l'ordre de « rafler tous ceux qui doivent l'être ».

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Sous couvert de lutte contre le terrorisme et le séparatisme Pékin mène une large politique d’internement des Ouïghours, cette minorité ethnique musulmane et turcophone, principalement issue de la province du Xinjiang. D’après diverses ONG, plus d’un millions de musulmans seraient détenus dans ces camps. La Chine, elle, dément ces chiffres et préfère parler de « centre de formations » et d’éducation.

Éradiquer le « virus » de l'islam

D'autres documents illustrent la mise en œuvre pratique de cette politique. Ils décrivent notamment les questions-réponses préparées par les autorités pour recevoir les étudiants de familles ouighours qui de retour pour les vacances d'été ont retrouvé leur maison vides et ont appris l'arrestation de toute leur famille. Il est donc recommandé dans un premier temps aux agents d'expliquer aux étudiants que leurs proches ont été placés en quarantaine car ils sont infectés par le « virus » de l'islam radical. Un virus qu'il faut éradiquer en suivant un traitement « avant que la maladie ne dégénère ».

Une méthode de menaces graduelles est alors détaillée afin d'obliger l'étudiant à se soumettre aux valeurs du Parti communiste.

Une fuite qui révèle des divisions

Ces documents sont une nouvelle épine dans le pied de Xi Jinping d’autant plus qu’ils ont été livrés au quotidien américain par un haut dirigeant chinois, de façon anonyme, analyse notre correspondant à PékinZhifan Liu.

Une fuite rare dans ce pays autoritaire et qui met en lumière les divergences dans l’organe communiste. C’est également un véritable pied de nez pour Xi qui ne peut que constater cette trahison et cette défiance vis-à-vis de son autorité déjà ébranlée par une croissance en berne et une crise politique sans précédent à Hong Kong.

Dans ce contexte tendu, ces documents exceptionnels recentrent le débat sur le Xinjiang, l’un des sujets les plus brulants pour Pékin qui voit défiler les critiques de la communauté internationale. Le mois dernier, l’intellectuel ouïgour Ilham Tohti, emprisonné à vie pour séparatisme, recevait le prix Sakharov du Parlement européen.

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Les documents ont été transmis par un membre de l'appareil qui a émis l'espoir, explique le journal, qu'ils empêchent le régime, y compris le président Xi Jinping « d'échapper à sa culpabilité pour les détentions généralisées » dans cette région.

Le dossier révélé d'ailleurs également que certains dirigeants du Xinjiang ont été purgés pour avoir été à l’encontre de la politique répressive des autorités centrales.

Publicado el 17/08/2020 - Modificado el 17/08/2020

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