Bernard Kouchner au Kosovo en octobre 1999.
Bernard Kouchner au Kosovo en octobre 1999.
Éric Bouvet/Gamma-Rapho via Getty
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Bernard Kouchner : «En attendant, nous procédons à une reconstruction d'urgence»

Les bombardements de l'OTAN dans les Balkans et notamment au Kosovo, au début de l'année, ont fait des dégâts matériels sans précédent. Les opérations de reconstruction commenceront après l'hiver 1999 avec l'aide de la communauté internationale (Banque Mondiale et Union européenne). Bernard Kouchner, Haut Représentant de l'ONU au Kosovo fait le point de la situation dans ce pays ravagé par la guerre.
Por Clarisse Vernhes -

RFI : Où en est le processus de reconstruction au Kosovo ?

BK : La reconstruction commencera très concrètement pour la plus grosse partie après l'hiver 1999. En attendant, nous procédons à une reconstruction d'urgence. Pour ceux qui ne verront pas leur maison reconstruite, parce que trop endommagée, il faut soit trouver une pièce abritée et chauffée pour l'hiver ou alors des habitations collectives pour plusieurs familles dans les villages. Nous avons quand même commencé avec le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies la construction de certaines maisons avec des fonds français et japonais en essayant, c'est une tentative expérimentale extrêmement délicate, de donner l'argent directement aux propriétaires. Ce sont des gens qui ont déjà construit leur maison, ils savent donc faire. Cette opération débute cette semaine et j'espère que le HCR et nous-mêmes n'aurons pas de mauvaises surprises.

RFI : Dans quel état sont les infrastructures ? Y a-t-il beaucoup de routes et de ponts détruits ? Quelles sont les priorités ?

BK : Il y a déjà des milliers de maisons à reconstruire, des immeubles et des entrepôts de pétrole. Et c'est déjà pas mal ! Oui, il y a de grosses infrastructures qui ont été bombardées, mais il y en a beaucoup moins que l'on ne pensait. Il y a d'autres projets importants que la reconstruction, il y a aussi les transformations, l'amélioration de systèmes qui étaient déjà caduques avant d'être détruits. Il y a cette route entre le Kosovo et la Macédoine qu'il faut absolument refaire complètement et qui bloque les camions pendant des jours. Il faut quatre jours pour franchir la frontière en ce moment et parfois trois semaines pour aller de la Macédoine au Kosovo.

RFI : Y a-t-il un réseau sanitaire sur place, des médecins, des hôpitaux ?

BK : Pour l'instant il n'y a presque pas de médecins en ville, ils y reviennent petit à petit. Mais il y a le redémarrage, de façon satisfaisante d'ailleurs, des grands hôpitaux. Quant aux petites cliniques, nous essayons de les reconstruire. Actuellement au Kosovo, il y a beaucoup trop de personnel dans le système médical. Peut-être parce que là au moins, nous les rémunérons, pas beaucoup certes, mais quand même un petit peu, pour des actions ponctuelles. En fait, il y a trop d'infirmiers, de personnel administratif et de médecins, mal formés d'ailleurs, puisque depuis 10 ans, ils n'ont pas travaillé. Mais ce n'est pas de leur faute, il y avait la guerre. Il y a non seulement les hôpitaux kosovars, mais aussi ceux de la KFOR.

RFI : Des Serbes se font-ils soigner dans les hôpitaux kosovars ?

BK : Malheureusement non. Il n'y a hélas plus de Serbes dans les hôpitaux qui sont en zone kosovare et plus d'Albanais non plus dans le seul hôpital qui reste dans la zone serbe. Tout cela est très désespérant, mais j'espère que la situation s'améliorera.

RFI : Quant est-il du ramassage des ordures ?

BK : Ça marche. Ce n'est pas encore parfait, mais depuis que nous l'avons initié à Mitrovica, avec l'Union européenne et avec la Task Force de Marc Franco, c'est beaucoup plus propre. Cependant il y a des problèmes d'épuration, et là il y aurait plein de projets à mettre en oeuvre !

RFI : Quelles sont les garanties de paiement pour les entreprises qui veulent travailler au Kosovo ?

BK : Tout dépend des contrats. À mon avis, la garantie de paiement pour une entreprise s'appelle l'audace.

RFI : La situation politique va-t-elle s'améliorer afin que l'on puisse remettre en marche un réseau de production ?

BK : À Trebca, la situation est la pire. C'est à la fois un problème économique, technique, minier, un problème de modernisation et un problème infiniment politique et aussi un problème policier délicat. C'est très dur et nous travaillons depuis longtemps à améliorer la situation. Mais là encore, il y a des propositions de reconstruction très sérieuses qui proviennent de la communauté internationale et les entreprises ont là des garanties. Certaines font même des actions spontanées. Vous allez là-bas, vous montez une entreprise, vous avez un micro-crédit et vous réussissez ! Pristina et Pec sont des villes transformées. Qui ouvre actuellement une petite entreprise réussira et fonctionnera !

RFI : Les entreprises françaises sont-elles organisées pour affronter la concurrence italienne, allemande ou américaine ?

BK : Sans aucun doute. C'est le jour et la nuit avec la Bosnie. D'ailleurs le gouvernement français a créé la commission Fauroux qui coordonnera les efforts des intervenants français au Kosovo. L'arrivée des entrepreneurs a été un peu tardive, mais les entreprises sont là, elles sont présentes. Je pense que ça marchera. C'est beaucoup mieux qu'avant. Les Français sont sur le terrain, j'aimerais les voir encore plus, bien entendu, mais il est un fait, c'est qu'ils sont bien présents et c'est là l'essentiel.

Publicado el 21/02/2018 - Modificado el 28/02/2018

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