Pièce slovène de 2 euros (2007).
Pièce slovène de 2 euros (2007).
M. Licul, M. Licul, J. Boljka/CC‑BY‑SA‑3.0
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L'euro s'affirme

Cinq ans après l’entrée en circulation de l’euro, la Slovénie entre à son tour dans le cercle des Etats ayant adopté la monnaie unique européenne. Alors que l’Union est passée de 25 à 27 membres ce 1er janvier avec l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie, ils sont désormais treize pays à faire partie de la zone euro. Tandis que Bruxelles vante les bénéfices de la monnaie unique, la dégradation de son image continue. Les critiques fusent de toutes parts contre l’euro, responsable, selon certains, de la médiocrité des exportations et, selon d’autres, de la cherté de la vie. Quoi qu’il en soit, face à l’affaiblissement du dollar, on a constaté, ces derniers mois, un regain d’intérêt pour la monnaie européenne, un certain nombre de pays ayant décidé de convertir une partie de leurs réserves en euros.
Por Elisa Drago -

Le 1er janvier 2007 restera pour les Slovènes une date historique, celle du passage à l’euro. Membre de l’ex-Yougoslavie, la Slovénie est le premier Etat de l’ex-bloc communiste à entrer dans la zone euro, qui compte désormais 13 des 27 Etats membres de l'UE, rassemblant 316,6 millions d'habitants. L’ancienne devise slovène, le tolar, créé en 1991 pour marquer l’indépendance de la nouvelle démocratie slovène, va coexister avec l’euro pendant encore quinze jours avant de disparaître totalement. «Faire partie de la zone euro signifie que nous nous rapprochons des zones les plus développées de l'UE», déclare, avec fierté, le Premier ministre slovène Janez Jansa, qui se prépare déjà pour assumer la présidence de l'UE dans un an.

Les fameux critères de convergence

La Slovénie est perçue comme l'un des meilleurs élèves de l’Union européenne. Elle a atteint les critères de convergence imposés grâce à une inflation contrôlée à 2,5% et une croissance économique prévue en 2007 à environ 5%. C'est ainsi qu'en juillet dernier, la Slovénie a obtenu le feu vert pour adhérer la zone euro. Ce petit pays d’Europe centrale est le seul des dix Etats qui ont adhéré à l’Union européenne le 1er mai 2004 à rejoindre le cercle restreint des pays ayant adopté la monnaie unique européenne. En effet, pour entrer dans la zone euro, les pays candidats doivent respecter cinq critères de convergence, dont les plus importants préconisent une inflation maîtrisée et une stricte discipline en matière de dépenses publiques. 

La candidature de neuf pays est actuellement soumise à une évaluation - République tchèque, Estonie, Chypre, Lettonie, Hongrie, Malte, Pologne, Slovaquie et Suède. Ils «progressent en direction de la convergence, mais à des allures différentes » explique la Commission européenne, dans un communiqué. Parmi ces candidats, deux groupes se distinguent. Certains, plus petits, comme les Etats baltes, qui enregistrent une inflation trop forte en raison de leur forte croissance économique. Parmi les grands, la Pologne, souffre de déficits publics trop élevés.

La mauvaise image de l'euro

Face à l'entrée de leur pays dans la zone euro, les Slovènes semblent moins enthousiastes que leurs dirigeants. Ainsi, selon un récent sondage, près de 40% environ de la population redoute que le passage à l'euro ne s'accompagne d'une hausse des prix. Les Slovènes rejoignent ainsi l’opinion de la majorité des Européens. Alors qu’en 2002, au moment du lancement de la monnaie unique, 59% des Européens s’en félicitaient, un autre sondage, réalisé par l'Institut Gallup pour la Commission européenne, révèle que moins d'un Européen sur deux considère aujourd'hui que l'adoption de l'euro a été positive pour son pays.

L’arrivée de l’euro ne s’est pas traduite par la croissance économique promise et la création d’emplois tant espérée. Au contraire, beaucoup s’inquiètent de l’augmentation des prix de nombreux produits de base, tels que le pain ou le café. C’est le cas en France, où le prix du pain a augmenté de près de 15% dans les cinq dernières années alors que l’inflation a été de 9,1% sur la même période. Ainsi, 94% des Français interrogés jugent que le passage à l’euro à aggravé la hausse des prix et 52% perçoivent l’euro comme «une mauvaise chose» pour la France, pour l’emploi et pour eux-mêmes. Une opinion partagée aussi en Allemagne. En effet, 58% des Allemands seraient prêts à revenir au deutschmark, s’ils pouvaient choisir. Ce mécontentement, les Allemands l’ont exprimé dans le surnom trouvé pour la monnaie unique : «teuro», une contraction de l’adjectif «teuer» qui signifie «cher» et euro.

Cette résistance à l’euro s’exprime aussi dans le fait qu’une majorité d’Européens continue à utiliser l’ancienne monnaie pour évaluer les prix d’achats importants, tels qu’une maison ou une voiture. La Commission européenne s’en inquiète. Tout en admettant la persistance d'une «certaine perception erronée» de l’euro, Bruxelles met en cause la mauvaise information du public.

Les politiques français et l'euro

Cinq ans après l’entrée en circulation de la monnaie unique, la Commission européenne vante pour sa part les bénéfices de la monnaie unique. «L'euro nous a apporté de nombreux avantages», a souligné dans un communiqué, jeudi dernier, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia. Il cite pour exemple «une inflation et des taux d'intérêts qui, pour de nombreux pays, n'ont jamais été aussi bas» et rappelle que cette inflation est maîtrisée avec une moyenne, dans la zone euro, de 2,4% par an, depuis 1999.

Face à l'affaiblissement du dollar, la valeur de la monnaie unique européenne a dépassé fin novembre les 1,30 dollars. Ce niveau, atteint par l’euro, a déclenché une vague de critiques de la part de responsables politiques français à l’encontre de la Banque centrale européenne (BCE). En pré-campagne électorale, les deux candidats à l’élection présidentielle, la socialiste Ségolène Royale et le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, ont critiqué la politique de la BCE, dénonçant la politique d’un euro fort, préjudiciable, selon eux, aux exportations françaises. Un argument qui, dans l’opinion de certains analystes, ne tient guère, étant donné que 90% du commerce européen est fait au sein de la zone euro. D’autre part, dans ce même contexte, l’Allemagne est redevenue la première puissance exportatrice mondiale. Pour sa part, le président de la BCE, le français Jean Claude Trichet, a accusé la classe politique française de se servir de l’euro comme d’un «bouc émissaire». Le président de la Commission européenne José Manuel Durao Barrroso est venu au secours de la BCE, en saluant sa «fermeté» qui, selon lui, permet de jouir aujourd’hui d’une «monnaie forte, respectée mondialement».

Des pays de l’Opep vont convertir des réserves en euros

Pour défendre l'euro, les autorités européennes mettent en avant l'usage massif de la monnaie européenne, y compris hors des frontières de la zone euro. Cela s'est traduit par un triplement du nombre de billets en circulation, passé de 221 milliards au 1er janvier 2002 à 600 milliards aujourd’hui. Selon les estimations de la Banque centrale européenne (BCE), «entre 10 à 20% de la valeur totale des billets en euros est aujourd’hui en circulation en dehors de la zone euro».

Cette évolution amène certains observateurs à considérer que l’existence d’un euro fort face au dollar permet à la monnaie européenne de devenir une valeur refuge. En effet, face à l’affaiblissement du dollar (-10% sur l'année 2006 face à l'euro), les Emirats arabes unis viennent d'annoncer, le 27 décembre dernier, qu'ils allaient convertir 8% de leurs réserves en euros, pour atteindre 10% de leurs réserves totales. Quatrième exportateur de pétrole, l'Iran avait, lui aussi, annoncé le 18 décembre son intention de libeller ses revenus extérieurs, ainsi que ses avoirs à l'étranger, en euros plutôt qu'en dollars. «Les ressources de l'étranger et les revenus pétroliers seront calculés en euros, et nous les recevrons en euros pour mettre fin à la dépendance à l'égard du dollar», a expliqué le porte-parole du gouvernement, Gholan Hossein Elham. Pour sa part, le Venezuela s’est montré intéressé par la décision de l’Iran et envisage d'en faire autant. La question est d’autant plus importante que ces trois pays sont membres de l’Opep, l’organisation des pays producteurs de pétrole. En effet, aujourd’hui le dollar reste prédominant pour les factures des matières premières, notamment le pétrole.

Selon un récent rapport de la Banque des règlements internationaux (BRI), au deuxième trimestre 2006, les avoirs en dollars des pays de l'Opep ont représenté 65% du total contre 67% au trimestre précédent. Dans le même temps, les avoirs en euros sont passés de 20% à 22%. Un mouvement faible, certes, mais qui pourrait s’amplifier. Depuis quelques mois, la confiance dans le dollar semble s’effriter.

Publicado el 23/12/2015 - Modificado el 23/12/2015

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