Wim Duisenberg
Wim Duisenberg, président de la Banque centrale européenne.
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L’euro, cher aux Européens...

En dépit des particularités nationales, les Européens passés depuis un an à l’euro, qu’ils habitent l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne ou la France ont un point en commun. Tous mettent au compte de la monnaie unique européenne l’augmentation du coût de la vie, perceptible dès les premières semaines de sa mise en circulation. D’autant que le président de la Banque centrale européenne, Wim Duisenberg, vient lui-même que reconnaître que le passage à l’euro avait fait grimper les prix. Autre caractéristique commune, les Européens continuent à penser dans leur ancienne unité de compte.
Por RFI -

Italie : un euro de pourboire pour un café !

« Nous nous sommes plus adaptés qu’habitués à l’euro » confie la famille Ascione qui vit à Naples, en Campanie. Ciro est maçon, il gagne 929 euros par mois. Sa femme travaille comme femme de ménage quelques heures par semaine, elle gagne entre 155 euros par mois. Ils ont deux fils, âgés de 16 et 13 ans. Pour faire face à l’augmentation des factures de gaz et d’électricité, ils ont renoncé au téléphone à la maison. Ils n’utilisent que le portable avec des cartes rechargeables. Tous deux convertissent les euros en lires dès que le montant d’un achat dépasse cent euros. C’est d’ailleurs ce que font 91% de la population italienne.

« Au début de la mise en circulation de l’euro, il m’arrivait de laisser un pourboire de un euro pour un café ! », raconte Luigi Monti, ingénieur milanais. « J’ai finalement appris à donner aux centimes leur vraie valeur ». Elena, institutrice romaine se déclare fière d’appartenir à « l’Euroland », cependant, affirme-t-elle, nous payons à prix d’or cette identité commune. Selon l’ISTAT (Institut national de statistiques) le pain a augmenté de 2,5% mais pour l’institut privé Eurispes il a augmenté de 19%.

Pour mettre un frein au dérapage des prix, le gouvernement de Silvio Berlusconi vient de décider d’imposer, à nouveau, le double affichage en euros et en lires, espérant ainsi calmer la colère des associations de consommateurs qui estiment que le passage à la monnaie unique est la principale cause de l’augmentation « sauvage » du coût de la vie, évaluée à 750 euros par famille pour l’an 2002.

Selon le sociologue Franco Ferrarroti, « l’introduction de billets de un et de deux euros aiderait les consommateurs à prendre réellement conscience de la valeur de l’euro ». Cet avis est partagé par la majorité des italiens.

Allemagne : « teuro », le mot de l’année 2002

Ce jeu de mot entre euro et « teuer », cher en allemand, a défrayé la chronique depuis douze mois. Dans le collimateur des consommateurs, les supermarchés et la gastronomie, accusés d’avoir profité de l’introduction de la monnaie unique pour gonfler les prix. Pourtant, malgré ces dérapages, l’inflation à l’arrivée est au plus bas avec 1,1%.

La psychologie a joué un rôle important. Le débat sur les hausses de prix a créé un climat de défiance vis-à-vis de l’euro et a eu des conséquences négatives sur la consommation. La presse populaire en a fait ses choux gras. Il était facile de surfer sur l’euro-scepticisme des Allemands. Foncièrement attachés à leur ancienne monnaie, ils se sont séparé dans la douleur du deutsche mark, symbole de la reconstruction d’après-guerre.

La dépréciation de l’euro avant même son apparition en pièces et billets, début 2002, avait déjà inquiété. Un an après, les sondages montrent que les Allemands n’ont toujours pas adopté leur nouvelle monnaie. Seuls 28% d’entre eux, d’après la commission européenne, sont satisfaits de l’euro.

Espagne : en euro, si le client insiste

En Espagne, le passage à l'euro n'est pas franchement une réussite. Partout, on a le sentiment que l'arrivée de la monnaie européenne s'est imposée contre la volonté commune. Au-delà de 50 euros, les comptes mentaux se font en pesetas. Passé une certaine quantité d'argent, les vendeurs de petites échoppes comme ceux des grandes surfaces et des grands magasins expriment d'abord la valeur des articles dans l'ancienne monnaie et, seulement après, sur l'insistance du client, donnent la conversion en euros. Dans l'immense majorité des commerces courants (tabac, épiceries, boucheries...), le double étiquetage est de rigueur. Un parcours dominical au « Rastro », le célèbre marché aux « Puces » madrilènes, est éloquent : la valeur des meubles, bibelots et verroteries n'est donnée qu'en pesetas et les vendeurs doivent recourir aux calculettes de conversion pour traduire le prix en euro. Pourquoi une telle résistance? Beaucoup mentionnent la difficile équivalence (1 euro = 166 pesetas), mais aussi une mentalité majoritairement conservatrice.

France : penser en franc, payer en euro

Dans l’Hexagone, les sondages sont significatifs : plus de trois Français sur quatre souhaitent le maintien du double affichage euro-franc en 2003 alors qu’ils n’étaient qu’un sur deux il y a quelques mois. C’est dire si, passés les efforts consentis lors des premières semaines passés, les Français en sont restés, dans leur tête, à la devise nationale. Là encore sept clients des magasins sur dix regardent en tout premier lieu le prix en franc et ensuite seulement le prix en euro. Pour l’essentiel de leurs achats, et d’autant plus que le montant en est élevé, les Français comptent en franc et payent ensuite en euro. Selon l’économiste Jean-Michel Servet, il faudra une génération et pas moins avant que le franc disparaisse comme unité de compte.

D’ailleurs fait curieux ils semblent avoir quelque peine à se séparer de leur vieille devise : ils en détiendraient encore pour 2,5 milliards d’euros, selon la Banque de France, alors qu’ils ne peuvent plus rien en faire.

Les enquêtes réalisées par les associations de consommateurs ne sont pas non plus pour aider au processus d’acceptation de l’euro. Le magazine Que choisir évalue l’augmentation du panier de la ménagère de 55 produits, pour la plupart de marque, à 8,2% en 18 mois pour tenir compte des anticipations effectuées par les grandes surfaces notamment avant l’introduction des pièces en billets en euro.

Publicado el 16/12/2015 - Modificado el 16/12/2015

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