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Un albatros vole au-dessus des mers Australes au large de l'archipel des Crozet dans le sud-ouest de l’océan Indien.
Un albatros vole au-dessus des mers Australes au large de l'archipel des Crozet dans le sud-ouest de l’océan Indien.
Marcel Mochet / AFP
Pendant six mois, 170 albatros des îles Crozet, Kerguelen et Amsterdam, équipés de balises radars, surveillent les vastes zones de l’océan Austral. Ces géants des mers et des airs ont révélé aux scientifiques français à l’origine du projet « Ocean Sentinel » qu’un tiers des navires rencontrés par les oiseaux pratiquaient une pêche illégale.

02'11" - Première diffusion le 23/02/2020

Les technologies robotiques ont conquis depuis longtemps les espaces maritimes. Certaines machines subaquatiques, en ajoutant des ailes et des hélices à leur carénage, arrivent même à virevolter, tant bien que mal, au-dessus des flots. Toutefois, les drones avec leurs batteries faméliques se révèlent bien incapables de rivaliser avec le plus chétif des albatros, capable, lui, de parcourir des milliers de kilomètres en seulement quelques jours.

70 g de balises GPS et radar

Ce champion du monde des vols au long cours a aussi la particularité de suivre à la trace les bateaux de pêche dans l’espoir de se gaver de poisson. Deux caractéristiques que les chercheurs français du Centre national de la recherche scientifique et de La Rochelle Université, en collaboration avec les équipes de la réserve naturelle de la Nouvelle-Zélande et la société Sextant Technology, ont voulu mettre à profit en transformant notre volatile en patrouilleur des mers.

Le premier objectif de ce projet dénommé « sentinelle de l’océan » est de repérer les pêcheurs illégaux qui pullulent dans les mers australes et antarctiques françaises. Pour mener à bien cette mission, qui est opérationnelle depuis six mois, 170 albatros des îles Crozet, Kerguelen et Amsterdam, ont été équipés de petites balises pesant à peine 70 g. Le dispositif comprend un système de transmission de données satellitaire Argos, un GPS et un détecteur de radar miniaturisé le plus léger du monde.

Des « cyber-espions » ailés efficaces

Nos cyber-espions emplumés détectent à 5 km les échos émis par les radars des navires de pêche en indiquant directement leurs positions aux scientifiques. Si un bateau n’a pas enclenché son appareil automatique d’identification, dénommé aussi transpondeur, permettant de le reconnaître dans une zone maritime réglementée, c’est probablement l’indication qu’une pêche illégale est en cours. Ce premier test grandeur nature a permis de mesurer l’ampleur des fraudes. Plus d’un tiers des navires rencontrés par les oiseaux dans les eaux internationales étaient en totale infraction, en pratiquant de surcroît une surpêche illicite qui détruit la biodiversité marine, ont constaté les chercheurs.

Plus efficaces que des drones et largement moins coûteux qu’une observation directe par satellites, ces patrouilleurs des mers ailés intéressent aujourd’hui l’Afrique du Sud ou encore le Service de la flore et de la faune sauvages d’Hawaï, dont les eaux regorgent de pécheurs flibustiers. Un piratage frauduleux des ressources naturelles maritimes de la planète bientôt contré quand des escadrilles d’albatros « cyber-espions » survoleront tous les océans du monde.

Publicado el 23/03/2020 - Modificado el 23/03/2020 - Por autor

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