#El francés en la actualidad

Taureaumachie

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Donald Trump a des soucis avec l’institution politique américaine : il a déclaré une « Urgence nationale » pour construire son mur. Mais la majorité des élus américains semble ne pas être d’accord : la Chambre des représentants a voté une résolution contre cette Urgence. Et c’est maintenant au Sénat de donner sa décision. La Chambre des représentants a planté une banderille ? Le Sénat va-t-il donner l’estocade ? C’est par cette image que les informations de RFI présentaient la situation. La banderille d’abord donc, et l’estocade ensuite ? La banderille étant une première attaque, mais pas décisive, et l’estocade terminant le travail, et achevant l’agression en portant un coup définitif ? Oui c’est un peu ça. Mais ces deux expressions ne sont pas toujours utilisées en corrélation : on peut planter des banderilles sans aller jusqu’à l’estocade ; on peut parler d’estocade sans que les banderilles aient été évoquées !

Des deux mots, comme tous ceux de la tauromachie d’ailleurs, sont empruntés à l’espagnol. Et ce qu’on appelle la tauromachie, c’est la culture et la pratique des courses de taureaux, spectacles rituels et cruels, qui se déroulent dans une arène dans laquelle un taureau affronte ceux qui vont le tuer au bout d’un genre de danse de mort, d’attaques et de parades très réglées, mais dont le résultat n’est pas donné à l’avance ! Le taureau ne s’en sortira pas vivant (sauf très rares exceptions, lorsqu’il est gracié !), mais les hommes prennent des risques. Et je dis des hommes, car cette pratique est essentiellement masculine !

Alors les banderilles, dans le début du combat, sont des genres de fléchettes lancées sur le taureau. Elles ne sont certainement pas dangereuses pour sa vie, mais elles montrent qu’il est une cible, elles l’aiguillonnent, le surexcitent. Et elles se voient bien et font partie du spectacle : aux flèches sont attachées des rubans multicolores qui flottent au vent. Comme de petits drapeaux, de petites bannières. Et c’est bien le sens d’origine du mot. Le mot est donc souvent utilisé au figuré lorsqu’on attaque, de loin, sans prendre trop de risques, et souvent par la parole, par quelques phrases bien senties, perfides, empoisonnées une personnalité… Et dans cet usage figuré, on garde le verbe qui évoque la tauromachie : on plante des banderilles.

L’estocade est bien différente : elle est mortelle. Le mot est de la même famille qu’estoc, vieux terme français qui désigne la pointe d’une épée. Et quand on parle de donner l’estocade, on imagine un dernier coup, qui achève l’adversaire, de manière nette et précise, mais qui est la passe finale d’un long affrontement.

Mais l’univers de ces courses de taureaux pour reprendre une expression française courante est riche et mots qu’on utilise en français. Quitte d’ailleurs à leur donner une vie très française : c’est le cas pour le toréador, un mot qui sonne très espagnol, mais que cette langue a pratiquement abandonné depuis très longtemps. En revanche il est courant en français, pour nommer l’acteur principal de cette tauromachie, celui qui précisément porte l’estocade. Si l’on veut être plus en accord avec les spécialistes, ceux qu’on appelle les aficionados, qui s’y connaissent, on parlera de torero ! Mais il faut aussi se rappeler Carmen, l’opéra célèbre de Bizet, dont le livret a beaucoup fait pour la popularité du toréador : Toréador, ton cœur n’est pas en or…

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

 

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