#El francés en la actualidad

Swing state

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

La prochaine élection américaine va-t-elle se jouer sur les swing states ? Voilà une expression étrange mais qu’on entend beaucoup en ce moment dans les médias francophones. Et pourtant swing state n’est vraiment pas une expression française ! La formule, anglophone en diable, désigne une réalité américaine, sensible pendant cette période d’élection. Alors bien sûr, il y a un effet de mode dans le fait d’utiliser cette manière de dire : on se met à l’heure américaine. Et en même temps, on emprunte une expression idiomatique, c'est-à-dire très typique de la langue où elle est née, très typique aussi d’une certaine réalité politique américaine. Et bien souvent, on ne traduit pas certaines expressions américaines quand elles sont particulières à la géopolitique américaine ; on parle d’impeachment, car cette singularité n’existe pas dans la constitution française, même si le mot lui-même est lointainement d’origine française (il dérive d’empêchement bien sûr). On parle de swing states en fonction d’un mode de scrutin particulier : les votes sont comptabilisés état par état et chaque état votera entièrement pour l’un des deux candidats en lice. Certains d’entre eux donc peuvent marquer la différence, selon qu’ils se porteront sur l’un ou l’autre des candidats. Etats hésitants alors ? En tout cas ils balancent. Et c’est bien l’idée portée par cette fameuse formulation swing state. On traduit parfois ça en français par état-pivot ou état charnière. Et on comprend bien l’image : tout tourne autour de leur résultat ! Mais on sait par ailleurs que swing est un mot anglais qui désigne une balançoire, et que le verbe to swing évoque l’idée d’un balancement, d’une oscillation, d’un mouvement pendulaire.

Et si dans le discours médiatique français, on peut recourir à cet anglicisme, si sa présence ne choque pas outre-mesure, c’est aussi que le mot swing est familier de notre langue. 

C’est par exemple un terme de boxe : c’est le coup tournant, qui prend l’adversaire par le côté, et qui se distingue par exemple du direct ou de l’uppercut.

Mais c’est surtout un mot musical, lié d’abord au jazz. Et il est très courant pour évoquer une souplesse rythmique, un balancement séduisant, souvent communicatif : une présence rythmique contagieuse qui inscrit la pulsation dans le corps.

Alors pourquoi cette image de balancement ? Parce que dans le jazz, on a un tempo très entrainant, avec des temps forts et d’autres faibles. Et les notes et les phrases jouent avec ce tempo : elle sont souvent situées juste avant ou juste après le battement de la mesure, mais on s’y retrouve toujours : le temps perdu dans cette mesure, ce léger retard se rattrape à la suivante. On entretient ainsi un genre de déséquilibre constant, mais qui avance sans tomber, un peu comme lorsqu’on fait de la bicyclette.

Cela dit, le mot swing a eu tant de succès qu’il a désigné de nombreuses choses : une période de l’histoire du jazz, dans les années 30-40, une danse populaire. Et après la guerre, il a même été utilisé comme un adjectif à la mode : il est très swing… On trouve ça par exemple dans les romans de Boris Vian, mais on ne l’utilise plus aujourd’hui. Enfin on a le verbe swinguer, toujours très positif : ça swingue, c'est-à-dire ça balance !

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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