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Rocambole

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Une évasion rocambolesque ! C’est ainsi qu’on qualifiait la façon dont Carlos Ghosn a quitté le Japon pour se rendre au Liban. Et même si l’information date d’hier, c’est bien avec elle, sur les ailes de cette liberté inattendue qu’on peut ouvrir cette année nouvelle. Une évasion rocambolesque, c’est à dire une évasion pleine de mésaventures, de péripéties, de rebondissements extraordinaires. À la manière de Rocambole ! Mais qui est donc ce Rocambole qui fait rêver jusqu’en 2020. Un personnage de fiction, inventé au milieu du 19e siècle par Ponson du Terrail. Rocambole, le type même du héros de roman, jeune et séduisant, intrépide et inventif, entraîné malgré lui dans mille situations périlleuses dont il finit par se sortir à son avantage. Grâce à son astuce, à son charme, à sa chance et peut-être son goût du risque !

En 1858, D’Artagnan est déjà célèbre. Il est temps qu’il ait des émules : la voie est libre pour que naissent ces personnages de roman qui dénoueront les affaires les plus tortueuses. Jeune homme sans attache, il vient picorer toutes les préparations que lui propose cette société dix-neuviémiste en pleine mutation. Et le succès du personnage tient aussi à celui de la presse populaire en pleine extension. Chaque jour ou chaque semaine on se passionne pour l’histoire en cours que le journaliste invente au fur et à mesure que ses lecteurs la lisent. Après les Mystères de Paris d’Eugène Sue, les drames de Paris vont rencontrer un succès immense. Les Drames de Paris, le premier titre des aventures de Rocambole de Ponson du Terrail. Et le nom du héros est particulièrement bien trouvé. Il existe déjà dans la langue : c’est un genre d’herbe aromatique. De quoi pimenter le récit. Mais en même temps, le mot fait penser à carambole. Légèrement expressif, comme s’il évoquait le bruit d’un choc, ou d’un rebond, il fait penser à un billard hanté dont les boules s’entrechoquent en faisant battre le cœur des joueurs.

On tient déjà le nom. Plus fort encore, il nous fournit un adjectif : rocambolesque, à la manière de Rocambole. Évidemment son succès tient à sa terminaison en –esque. Ce n’est pas la plus courante : on aurait pu dire rocambolien : peu d’intérêt. Ou rocambolique… un peu mieux. Mais rocambolesque, voilà qui retient l’attention !

Peut-être parce que ce n’est pas loin de pittoresque, un mot qu’on a emprunté à l’italien. Et si c’est pittoresque, on dirait que ça sot tout droit d’une toile aux détails croustillants. Mais on n’est plus près encore de picaresque : à la manière d’un Picaro. Et le Picaro pourrait presque être l’ancêtre de Rocambole : un héros de roman, né dans le ruisseau, sans histoire et sans héritage, que la vie va rouler un peu partout, au gré des rencontres. Roman d’éducation qui fait voyager notre homme partout dans le monde, surtout en Espagne d’où Picaro est originaire, malgré ses airs italianisants. C’est Gil Blas de Santillanne, Lazarillo de Tormes. Alors bien sûr le picaresque n’est pas le rocambolesque, mais l’imagination débridée qu’on devine derrière les aventures des uns et de l’autre établit entre eux une vraie parenté.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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