#El francés en la actualidad

Prêter

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Le nouveau président algérien Abdelmadjid Tebboune est officiellement intronisé dans sa fonction : il a fait serment, il a prononcé son serment. En clair, il a prononcé les phrases et discours rituels qui accompagnent la plupart des engagements officiels : on jure de faire bien son travail, d’être honnête en le faisant, de respecter et de défendre les institutions qui vous ont permis d’exercer ce pouvoir que vous recevez, etc. On trouve ça dans des contextes très divers, jusqu’au serment d’Hippocrate que doivent prononcer ceux qui se disposent à être médecins.

Mais ce qui est plus étonnant, c’est le verbe qu’on utilise dans cette formule figée : prêter serment quelle drôle de chose !

Alors au sens le plus fréquent (en apparence,), prêter veut dire confier une chose à quelqu’un, sous condition que cette chose lui sera rendue. Je te prête mon stylo ! Tu me le rends hein !? Il s’appelle « Reviens ! » dit-on dans le parler populaire. C’est à dire, je ne te le prête que si tu me promets de le rendre. Et on a donc affaire à un prêt, le mot symétrique étant emprunt. On peut prêter de l’argent. Et là, bien souvent, ce n’est pas sur la simple promesse que cet argent sera rendu, mais qu’il sera rendu avec intérêt, c’est dire qu’on en rend plus qu’on n’en a emprunté. Et on n’en rend d’autant plus qu’on le rend tard. Et on parle aussi de prêter sur gage, c’est-à-dire prêter de l’argent, en échange d’une garantie, un objet de valeur qui doit servir de caution à l’argent que le prêteur hasarde, et accepte de laisser filer. S’il ne revoit pas son argent, il se consolera en gardant le bien qui le garantit et dont la valeur est souvent supérieure à la somme qu’on a concédée en échange.

Cet usage du mot en français provient d’une vieille ressemblance entre deux mots latins : praestare a de nombreux sens, parmi lesquels fournir, mettre à la disposition de, et même parfois donner. Mais le mot praes signifie caution, garantie. On en arrive donc facilement à cette situation où l’on prête sur gage que l’on vient d’évoquer.

Et en ancien français, le verbe prêter signifie d’abord mettre à la disposition de, notamment dans des contextes où l’on aide quelqu’un d’autre. On dit ainsi, et encore aujourd’hui, prêter main-forte ou prêter la main, prêter secours, prêter son aide. Les tournures sont probablement plus utilisées à l’écrit qu’à l’oral ; elles sentent un peu leur ancienne langue, mais enfin elles sont toutes encore utilisées, pas vraiment archaïques. Et tous les gestes qu’on vient d’évoquer font davantage penser à des mouvements généreux, qu’on fait sans calcul et sans espoir de retour, qu’à des prêts. Même si on se dit parfois « à charge de revanche… »

Maintenant le verbe prêter se prête justement à d’autres emplois : prêter à rire, prêter au ridicule, c’est-à-dire fournir une raison ou un prétexte pour qu’on se moque de vous, mais on dit également prêter l’oreille qui veut dire simplement tendre l’oreille, prêter attention qui signifie faire attention à ce qui est dit.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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